Tant de fanatiques sombres et austères, que l'éclat de la religion
chrétienne avait obligés à se tenir long-temps cachés dans l'ombre des
écoles, sortant enfin au grand jour, remplis de venin et de rage, se
préparaient à se venger du silence auquel ils avaient été condamnés:
ils ne méditaient que proscriptions et que supplices. Les chrétiens, de
leur côté, craignaient des traitements plus rigoureux que n'en avaient
éprouvé leurs pères. En effet Julien les haïssait mortellement; il
avait beaucoup plus à cœur de les détruire que de vaincre les Perses;
il regardait cet ouvrage comme le chef-d'œuvre de son règne. Mais
plus habile que ces malheureux sophistes qui ne lui donnaient que des
conseils inhumains, il préféra la séduction à la cruauté déclarée:
_Il pensait_, dit Libanius, _que ce n'est ni le fer ni le feu qui
changent la croyance des hommes; que le cœur désavoue la main que la
crainte force à sacrifier; et que les supplices ne produisent que des
hypocrites, toujours infidèles pendant leur vie, ou des martyrs honorés
après leur mort_. Il faisait encore réflexion que dans l'état de force
et de vigueur où se trouvait alors la religion chrétienne, c'était
risquer d'ébranler tout l'empire, que d'entreprendre de la déraciner
par une violence ouverte. Il dressa donc un plan tout nouveau, qui
eût sans doute été plus heureux que la barbarie de Dioclétien et de
Galérius, si la garde qui veille sur Israël n'eût renversé ce projet
infernal, en détruisant l'auteur même par un souffle de sa bouche.
Julien commença par montrer dans sa personne un zèle ardent pour
le culte des dieux; il gagnait dès ce premier pas tous ceux dont
la religion se conforme toujours à celle du prince. Il s'attacha à
relever et à purifier le paganisme, en s'efforçant d'y transporter ce
qui rendait le christianisme plus vénérable. Il affecta ensuite de
traiter les chrétiens avec douceur, et de les plaindre plutôt que de
les persécuter; mais en même temps il imagina mille moyens pour les
diviser et les armer les uns contre les autres, pour étouffer le germe
de leur foi en leur interdisant l'instruction publique, pour appesantir
leur joug et pour les couvrir de ridicules et de mépris. Les tyrans
qui l'avaient précédé n'avaient sévi que sur les corps; Julien attaqua
les cœurs: il mit en œuvre son propre exemple, les apparences de bonté,
la malice, l'ignorance, l'intérêt, l'amour-propre, ressorts plus lents
mais plus efficaces que les édits et les supplices. Cependant s'il ne
versait pas de ses propres mains le sang des chrétiens, il le laissait
répandre par les mains des autres; et sa feinte douceur était souvent
démentie par les cruautés qu'il encourageait en ne les punissant pas.
Après avoir affaibli la religion chrétienne, son dessein était de
l'écraser par un dernier coup: il promettait à ses dieux d'exterminer
les chrétiens à son retour de la guerre des Perses. Sans entrer dans le
détail de ce qui appartient proprement à l'histoire de l'église, nous
allons suivre la trace d'une persécution cachée sous tant d'artifices.
La comparaison de ce que firent Constantin et Julien pour établir
les deux cultes opposés, peut faire connaître combien l'esprit de la
véritable religion est éloigné et de la basse malignité et de la fureur
sanguinaire de l'idolâtrie.
[Note latérale: XVIII. Il travaille à rétablir le paganisme.
Jul. epist. 63, p. 452.
Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 70, et or. 4, p. 121.
Liban, or. 8, t. 2, p. 245, et or. 10, p. 292, et de vita, p. 41.
Eunap. in Max. t. 1, p. 52, ed. Boiss.
Mamert. pan. c. 23.
Prud. in apotheosi, v. 456.
Amm. l. 25, c. 4.
[Eckhel. Doct. num. vet. t. 8, p. 236-240.]
Acta Ruinart. p. 664.
Athan. vit. apud Phot. cod. 258.
Soz. l. 5, c. 3 et 16.
Zon. l. 13, t. 2, p. 24 et 25.