Chrysost. de Sto. Babyla, contra Julianum et gentiles, t. 2, p. 575.]

Tant de fanatiques sombres et austères, que l'éclat de la religion

chrétienne avait obligés à se tenir long-temps cachés dans l'ombre des

écoles, sortant enfin au grand jour, remplis de venin et de rage, se

préparaient à se venger du silence auquel ils avaient été condamnés:

ils ne méditaient que proscriptions et que supplices. Les chrétiens, de

leur côté, craignaient des traitements plus rigoureux que n'en avaient

éprouvé leurs pères. En effet Julien les haïssait mortellement; il

avait beaucoup plus à cœur de les détruire que de vaincre les Perses;

il regardait cet ouvrage comme le chef-d'œuvre de son règne. Mais

plus habile que ces malheureux sophistes qui ne lui donnaient que des

conseils inhumains, il préféra la séduction à la cruauté déclarée:

_Il pensait_, dit Libanius, _que ce n'est ni le fer ni le feu qui

changent la croyance des hommes; que le cœur désavoue la main que la

crainte force à sacrifier; et que les supplices ne produisent que des

hypocrites, toujours infidèles pendant leur vie, ou des martyrs honorés

après leur mort_. Il faisait encore réflexion que dans l'état de force

et de vigueur où se trouvait alors la religion chrétienne, c'était

risquer d'ébranler tout l'empire, que d'entreprendre de la déraciner

par une violence ouverte. Il dressa donc un plan tout nouveau, qui

eût sans doute été plus heureux que la barbarie de Dioclétien et de

Galérius, si la garde qui veille sur Israël n'eût renversé ce projet

infernal, en détruisant l'auteur même par un souffle de sa bouche.

Julien commença par montrer dans sa personne un zèle ardent pour

le culte des dieux; il gagnait dès ce premier pas tous ceux dont

la religion se conforme toujours à celle du prince. Il s'attacha à

relever et à purifier le paganisme, en s'efforçant d'y transporter ce

qui rendait le christianisme plus vénérable. Il affecta ensuite de

traiter les chrétiens avec douceur, et de les plaindre plutôt que de

les persécuter; mais en même temps il imagina mille moyens pour les

diviser et les armer les uns contre les autres, pour étouffer le germe

de leur foi en leur interdisant l'instruction publique, pour appesantir

leur joug et pour les couvrir de ridicules et de mépris. Les tyrans

qui l'avaient précédé n'avaient sévi que sur les corps; Julien attaqua

les cœurs: il mit en œuvre son propre exemple, les apparences de bonté,

la malice, l'ignorance, l'intérêt, l'amour-propre, ressorts plus lents

mais plus efficaces que les édits et les supplices. Cependant s'il ne

versait pas de ses propres mains le sang des chrétiens, il le laissait

répandre par les mains des autres; et sa feinte douceur était souvent

démentie par les cruautés qu'il encourageait en ne les punissant pas.

Après avoir affaibli la religion chrétienne, son dessein était de

l'écraser par un dernier coup: il promettait à ses dieux d'exterminer

les chrétiens à son retour de la guerre des Perses. Sans entrer dans le

détail de ce qui appartient proprement à l'histoire de l'église, nous

allons suivre la trace d'une persécution cachée sous tant d'artifices.

La comparaison de ce que firent Constantin et Julien pour établir

les deux cultes opposés, peut faire connaître combien l'esprit de la

véritable religion est éloigné et de la basse malignité et de la fureur

sanguinaire de l'idolâtrie.

[Note latérale: XVIII. Il travaille à rétablir le paganisme.

Jul. epist. 63, p. 452.

Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 70, et or. 4, p. 121.

Liban, or. 8, t. 2, p. 245, et or. 10, p. 292, et de vita, p. 41.

Eunap. in Max. t. 1, p. 52, ed. Boiss.

Mamert. pan. c. 23.

Prud. in apotheosi, v. 456.

Amm. l. 25, c. 4.

[Eckhel. Doct. num. vet. t. 8, p. 236-240.]

Acta Ruinart. p. 664.

Athan. vit. apud Phot. cod. 258.

Soz. l. 5, c. 3 et 16.

Zon. l. 13, t. 2, p. 24 et 25.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 300 / 331 题