La Bleterie, vie de Julien, l. 4, p. 218 et suiv.]

Les hommages des peuples étrangers avaient de quoi satisfaire la

vanité d'un souverain. Mais Julien plus philosophe qu'empereur, était

bien plus flatté de voir se rassembler autour de lui un essaim de

sophistes qui accouraient de toutes les provinces. Il les attirait,

il mendiait, pour ainsi dire, leur amitié par ses lettres; il les

recevait comme députés de ses Dieux; c'étaient ses plus intimes

confidents et ses ministres; c'est aussi à leurs pernicieux conseils

qu'on doit principalement attribuer les efforts qu'il fit pour détruire

le christianisme. Nous avons déja exposé l'accueil dont il honora

le philosophe Maxime, le maître et le chef de toute cette cabale.

Julien avait une si haute opinion de son goût et de son savoir, qu'il

l'avait choisi pour censeur de ses ouvrages. Cet imposteur vint à

Constantinople sur les instances réitérées de l'empereur: c'est une

chose plaisante que le sérieux avec lequel Eunapius, le panégyriste

de tous ces prétendus sages, raconte les hommages qui furent rendus

à Maxime sur toute la route par les peuples, par les sénateurs,

par les magistrats mêmes; et tandis que les hommes le comblaient

d'honneurs, les femmes faisaient humblement leur cour à la sienne, qui

portait encore plus haut que son mari l'orgueil de la profession. La

philosophie de Maxime ne tint pas contre l'air contagieux de la cour:

les déférences de Julien et les adorations des courtisans altérèrent

sa morale; il donna dans le luxe et devint insolent; ce qu'il eut

pourtant l'adresse de cacher aux yeux de Julien. Nymphidianus, frère

de Maxime, déclamateur médiocre, fut honoré de l'emploi de secrétaire

pour les lettres grecques; et, selon Eunapius même, il s'en acquitta

assez mal. Priscus d'Épire, Himérius de Bithynie, Libanius d'Antioche,

jouèrent aussi un rôle considérable dans la cour de Julien. Mais

personne n'égalait le crédit du fidèle Oribasius, médecin du prince,

très-expert dans son art, et aussi habile dans la pratique des

affaires. Eunapius prétend même, que Julien lui était redevable de

l'empire. Ne pourrait-on pas sur cette parole d'Eunapius soupçonner

Oribasius d'avoir sous main excité les troupes à donner à Julien le

titre d'Auguste; et cette lettre anonyme, qui fut la première étincelle

de la révolte, ne serait-elle pas de la façon d'Oribasius? Chrysanthus,

un des héros de la cabale, fut plus avisé que son ami Maxime: il le

laissa partir pour la cour après avoir fait quelques efforts pour le

retenir. Pour lui, il résista à toutes les instances de l'empereur,

qui voulut bien s'abaisser jusqu'à écrire de sa propre main à la femme

de ce philosophe. Julien, rempli d'estime pour Chrysanthus, malgré ses

refus, lui conféra à lui et à sa femme[386] la souveraine sacrificature

de la Lydie. Le nouveau pontife fit connaître dans cet emploi qu'il

devinait mieux que ses confrères, qui tous étaient d'excellents

magiciens. Prévoyant que l'orage qui tombait sur les Chrétiens, ne

serait pas de longue durée, il les traita avec amitié; il n'imita

point ses semblables dans leur zèle à ruiner les églises, à rebâtir

les temples des idoles, à tourmenter ceux qui refusaient de sacrifier:

et la Lydie ne se ressentit pas des fureurs de l'idolâtrie. Il dut à

cette modération la tranquillité de sa vieillesse. On dit que Julien

ayant conservé beaucoup d'estime pour saint Basile, dont il avait connu

le mérite dans les écoles d'Athènes, l'invita inutilement à venir se

joindre à une compagnie si mal assortie au caractère de ce grand et

religieux personnage. Mais il est démontré que la lettre de Julien qui

fait le fondement de cette opinion, s'adressait à un autre Basile. Nous

avons encore une lettre menaçante de Julien, écrite à saint Basile,

et une réponse du saint remplie des reproches les plus hardis. M.

de Tillemont n'ose rejeter ces deux pièces: d'autres critiques les

soutiennent fausses et également indignes et du prince et du saint

docteur. Saint Grégoire accuse Julien d'avoir pris plaisir à se jouer

de plusieurs de ceux avec lesquels il avait autrefois contracté des

liaisons dans le cours de ses études: _Il les attirait_, dit-il, _à

la cour par de belles promesses; il les caressait d'abord; il se

familiarisait avec eux, et les renvoyait ensuite avec mépris_. Mais ce

trait pourrait bien ne tomber que sur ces amis intéressés dont parle

Libanius, qui accouraient auprès de Julien avec une soif de richesses

que nul bienfait ne pouvait éteindre. D'ailleurs, loin de blâmer Julien

de légèreté dans ses attachements, on lui reproche plutôt de s'être

piqué de constance au point de ne pas retirer son amitié à ceux mêmes

qu'il en reconnaissait indignes.

[Note 386: Elle se nommait Mélita, et était cousine du sophiste

Eunapius.--S.-M.]

[Note latérale: XVII. Plan de Julien pour détruire la religion

chrétienne.

Liban. or. 10, t. 2. p. 290.

Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 79.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 299 / 331 题