Il était occupé de ces soins, lorsqu'il se vit environné d'une foule
importune qui demandait justice. C'étaient des Égyptiens, qui, ayant
appris quelle attention le nouveau prince apportait à réformer les abus
du règne précédent, étaient venus en diligence à Constantinople, pour
tirer quelque avantage de cette heureuse disposition. Les Égyptiens
de ce temps-là étaient intéressés, chicaneurs, toujours mécontents,
toujours prêts à accuser les officiers publics de rapines et de
concussions, soit pour se dispenser de payer les taxes, soit pour
avoir leur part des confiscations. Ceux-ci attroupés en grand nombre
obsédaient et poursuivaient partout et le prince et les préfets du
prétoire: ils ne cessaient de les fatiguer de leurs plaintes. Tous
ces cris se réunissaient, quoique pour des objets différents: les uns
prétendaient qu'on avait exigé d'eux plus qu'ils ne devaient, les
autres ce qu'ils ne devaient pas; d'autres, qu'on leur avait vendu
bien cher des recommandations pour obtenir des grâces et des emplois:
tous demandaient la restitution de leur argent; et ils faisaient même
remonter leurs prétentions plus haut que la date de leur naissance.
Julien se débarrassa de leurs importunités par une ruse peu séante à
un prince. Il leur commanda par un édit de passer tous à Chalcédoine,
leur promettant de s'y rendre incessamment pour les entendre et les
satisfaire. Dès qu'ils eurent obéi, il défendit aux patrons des
barques employées à ce trajet d'en ramener aucun à Constantinople. Ils
s'ennuyèrent d'attendre, et prirent enfin le parti de retourner dans
leur pays. A cette occasion, l'empereur publia une loi qui défendait
de poursuivre la restitution des sommes données sous les règnes
précédents pour acheter des charges ou des grâces. Ammien Marcellin
applaudit à cette loi; et M. de Tillemont remarque fort sensément,
qu'il aurait eu autant de raison de la louer, si elle eût ordonné tout
le contraire.
[Note latérale: XV. Ambassade des nations étrangères.