Pendant six mois qu'il resta à Constantinople, il assista fréquemment
aux assemblées du sénat. L'usage de Constance avait été de mander
au palais les sénateurs, qui se tenaient debout, tandis qu'il leur
donnait ses ordres en peu de mots. Mais Julien, jaloux de la réputation
d'éloquence, et qui estimait ses discours autant que ses victoires,
passait les nuits à composer des harangues; il allait ensuite les
débiter aux sénateurs qu'il faisait asseoir avec lui: c'étaient des
éloges, des censures, des avertissements. Il assistait au jugement des
procès. Un jour pendant qu'il haranguait, on vint l'avertir que le
philosophe Maxime arrivait d'Ionie. Aussitôt oubliant et les sénateurs,
et ce qu'il était lui-même, il descend brusquement de son siége, court
au-devant de Maxime, l'embrasse avec empressement, l'introduit dans
l'assemblée; et après avoir raconté avec beaucoup de vivacité quelles
obligations il avait à Maxime, en quel état ce grand homme l'avait
trouvé, à quel degré de perfection ses leçons l'avaient conduit, il
sort avec lui, le tenant toujours par la main. Une scène si bizarre
inspirait aux uns du respect pour Maxime, aux autres du mépris pour
Julien; mais tous se conformaient au caractère et au goût du prince:
et comme il affectait de se nommer sénateur de Byzance, par une sorte
d'échange, les sénateurs prenaient un extérieur philosophique. Julien
augmenta leurs priviléges. Prétextatus[376], un des plus distingués
du sénat de Rome, qui avait été gouverneur de Toscane, d'Ombrie,
de Lusitanie, et que Julien venait de faire proconsul d'Achaïe,
se trouvait alors à Constantinople pour une affaire particulière.
Les auteurs païens s'accordent tous à louer en lui l'intégrité, la
sagesse, et une sévérité de mœurs digne de l'ancienne république. Son
attachement à l'idolâtrie relevait encore aux yeux de Julien tant de
belles qualités. Le prince ne faisait rien sans prendre ses conseils.
Nous aurons plusieurs fois occasion de parler de ce célèbre personnage,
qui ne mourut que sous le règne de Théodose.
[Note 376: Une inscription, de l'an 387, nous apprend qu'il
s'appelait Vettius Agorius Prætextatus, et nous fait connaître toutes
les dignités qu'il avait obtenues.--S.-M.]
[Note latérale: XIII. Il ajoute à Constantinople de nouveaux
embellissements.
Jul. ep. 58, p. 443.
Zos. l. 3, c. 11.
Ducange, in Const. Christ. l. 1, c. 19, et l. 2, c. 1 et 3.
Banduri, imp. or. t. 2, p. 593, 677, 678.
Spon, voyag. t. 1, p. 137.