Dans la cour de Constance le consulat avait été le prix de l'intrigue.
Il fallait l'acheter par des bassesses et par des sommes d'argent
prodiguées aux favoris, aux femmes, aux eunuques. Sous Julien
cette magistrature, plus importante par son ancien éclat que par
ses fonctions actuelles, recouvra son premier lustre. Mamertinus
et Névitta, désignés consuls depuis deux mois, n'étaient peut-être
pas les plus dignes de cet honneur, mais du moins ils n'en furent
redevables qu'au choix de leur maître. Julien toujours excessif
compromit sa propre dignité pour honorer celles des consuls. Le jour
que ces magistrats entraient en charge, le prince avait coutume de
les accompagner au sénat. Le premier de janvier, au point du jour,
Mamertinus et Névitta se rendirent au palais pour prévenir l'empereur.
Dès qu'il les aperçut, il courut fort loin au-devant d'eux: il
les salua, les embrassa, fit entrer leur litière jusque dans ses
appartements, leur demanda l'ordre pour partir; et comme ils refusaient
de s'asseoir sur leurs chaises curules pendant que l'empereur restait
debout, il les y plaça de ses propres mains, et marcha devant eux à
pied et confondu dans la foule du cortége. Le peuple suivait avec de
grandes acclamations. Mamertinus distingué par son éloquence rendit
sur-le-champ à la vanité de l'empereur, ce que l'empereur venait
de prêter à la sienne: il prononça en sa présence son panégyrique.
Nous avons encore cette pièce pleine de flatterie, mais spirituelle
et fort élégante. Julien était bien peu philosophe, si ces éloges
outrés se trouvaient être de son goût; et quelque ressentiment qu'il
conservât des injustices de Constance, les traits satiriques lancés
sans ménagement contre ce prince devaient au moins par leur indécence
révolter le successeur. Deux jours après, Mamertinus donnant les jeux
du cirque, on fit venir plusieurs esclaves qui devaient recevoir
la liberté. Julien, peu instruit de cette coutume, se mettait déja
en devoir de les affranchir; mais averti que cette fonction ne lui
appartenait pas en cette occasion, il se condamna lui-même à une amende
de dix livres d'or, pour avoir entrepris sur la juridiction des consuls.
[Note latérale: XII. Occupations de Julien à Constantinople.
Amm. l. 22, c. 7, 9 et ibi Vales.
Liban. or. 10, t. 2, p. 298 et 299.
Jul. ep. 11, p. 380.
Mamert. pan. c. 24.
Socr. l. 3, c. 1.
Cod. Th. l. 9, tit. 2, leg. 1; L. 11, tit. 23. leg. 2.