Le luxe qui régnait à la cour, s'était introduit dans les armées. Ce
n'étaient plus ces soldats sobres et infatigables, qui couchaient tout
armés sur la terre nue ou sur la paille, et dont toute la vaisselle
consistait en un vase de terre: c'étaient des hommes délicats et
voluptueux, corrompus par l'oisiveté, qui regardaient leurs lits comme
une partie de leur équipage plus nécessaire que leurs armes, qui
portaient des coupes d'argent plus pesantes que leurs épées. Leurs
officiers, parvenus par l'intrigue, ne pouvaient loger que dans des
palais; ils s'enrichissaient aux dépens des soldats, et les soldats aux
dépens des provinces, à qui seules ils faisaient la guerre par leurs
pillages, ne sachant que fuir devant l'ennemi. Plus de subordination
ni d'obéissance; plus d'honneur ni de courage. Julien rétablit la
discipline: il ne mit en place que des officiers éprouvés par de
longs services: il prit soin que les soldats ne manquassent ni de
bonnes armes, ni d'habillements, ni de paie, ni de nourriture; mais il
retrancha sévèrement tout ce qui tendait au luxe. Il leur fit reprendre
l'habitude du travail: une de ses lois ordonne que le fourrage, qui est
fourni par les provinces, ne sera apporté que jusqu'à vingt milles du
camp, ou du lieu dans lequel les soldats font leur séjour, et qu'ils
seront obligés de l'aller chercher à cette distance: c'était la marche
ordinaire d'une journée.
[Note latérale: VII. Modération de Julien.
Jul. misop. p. 343, 365, et 367.
Liban. or. 4, t. 2, p. 161 et 162.
Mamert. pan. c. 27, Eunap. excerpt. hist. Byz. p. 17 et 18.