Zos. l. 3, c. 11.]

Pendant que la révolte d'Aquilée lui faisait craindre la perte de

l'Occident, les nouvelles qu'il recevait de l'Orient ne lui causaient

pas de moindres alarmes. Constance était en marche; et le comte

Marcianus, ayant rassemblé les divers corps de troupes répandus dans

la Thrace, approchait du pas de Sucques avec des forces capables

de disputer le passage. Julien dans cet embarras consultait les

augures et les aruspices; mais leurs pronostics, toujours équivoques,

le laissaient dans une cruelle incertitude. Un orateur gaulois

nommé Aprunculus[345], qui fut depuis gouverneur de la province

Narbonnaise[346], vint lui annoncer la mort de Constance; il en avait

vu, disait-il, des signes certains dans les entrailles d'une victime.

Cette prédiction ne rassura pas Julien; il se défiait de la flatterie.

On rapporte un trait plus frappant, s'il est véritable: on dit que dans

le même moment que Constance expirait en Cilicie, l'écuyer qui donnait

la main à Julien pour monter à cheval, étant tombé par terre, le prince

s'écria: _Voilà celui qui m'aidait à monter, renversé lui-même_. Mais

ce présage avait encore besoin d'être réalisé par l'événement, et

toutes ces conjectures balançaient ses inquiétudes, sans être capables

de les dissiper. Enfin il vit accourir à lui une troupe de cavaliers,

à la tête desquels étaient deux comtes, Théolaïphe et Aligilde; on les

avait dépêchés de Constantinople pour lui faire savoir que Constance

n'était plus, et que tout l'Orient reconnaissait Julien pour seul

empereur. Voici de quelle manière ce prince avait fini ses jours.

[Note 345: Ou plutôt _Aprunculus Gallus_. Il était habile augure,

_haruspicinæ peritus_.--S.-M.]

[Note 346: _Rector postea Narbonensis._ Amm. Marc. l. 22, c.

1.--S.-M.]

[Note latérale: XLVII. Constance revient à Antioche.

[Amm. l. 21, c. 13.]]

La présence de Sapor, qui menaçait à tous moments de passer le Tigre,

retenait Constance en Mésopotamie, lorsqu'il reçut la nouvelle de

la marche de Julien. Il en fut d'abord alarmé, mais il ne perdit

pas courage; il se détermina, de l'avis de son conseil, à détacher

une partie de ses troupes et à les faire transporter en Thrace sur

les voitures publiques, pour arrêter les progrès du rebelle. Elles

étaient sur le point du départ, lorsqu'on vint l'avertir que le roi

de Perse avait enfin pris le parti de retourner dans ses états[347].

Constance, à cette nouvelle, reprend le chemin d'Antioche. Etant

arrivé à Hiérapolis, il assemble ses soldats, et faisant un effort sur

lui-même pour prendre un air d'assurance, il leur parle en ces termes:

«Depuis que je tiens le gouvernail de l'empire, j'ai sacrifié tout,

jusqu'à mon autorité même, à l'intérêt public, et je me suis fait une

étude de me plier aux circonstances. Le succès n'a pas répondu à la

droiture de mes intentions, et je me vois aujourd'hui obligé de vous

faire l'aveu de mes fautes: elles ne sont, à vrai dire, que les effets

d'une bonté qui méritait bien d'être plus heureuse. Dans le temps que

l'Occident était troublé par la révolte de Magnence, qui a succombé

sous votre valeur, j'ai conféré la puissance de César à mon cousin

Gallus, et je l'ai chargé de la défense de l'Orient. Je ne rappelle

point ici ses excès; les lois qu'il avait violées, ont été forcées de

le punir. C'était pour nous un souvenir affligeant; et plût au ciel que

la fortune, jalouse de notre repos, se fût contentée de cette épreuve:

elle nous porte aujourd'hui une atteinte encore plus fâcheuse, mais

dont la providence divine et votre bravoure sauront bien nous défendre.

Julien à qui j'ai confié le soin de la Gaule, tandis que vous étiez

occupés avec moi à couvrir l'Illyrie, enorgueilli de quelques avantages

remportés sur des Barbares sans discipline et presque sans armes, et

soutenu d'une poignée de troupes étrangères, dont la brutalité et

l'aveugle audace font toute la valeur, a juré la perte de l'état. Mais

la majesté de l'empire et la justice qui en est le plus ferme appui,

toujours prête à punir de si noirs forfaits, détruiront bientôt ces

projets d'une ambition criminelle. C'est la confiance que m'inspirent

et ma propre expérience et les exemples des siècles passés. Prêtons

nos bras à la vengeance divine: courons étouffer le monstre de la

guerre civile, avant qu'il ait eu le temps de s'accroître. Ne doutez

pas que l'Être souverain, toujours ennemi des ingrats, ne combatte

à votre tête, et qu'il ne fasse retomber sur ces séditieux tous les

maux dont ils osent menacer leurs bienfaiteurs. Déja vaincus par leur

propre conscience, ils ne pourront soutenir vos regards, ni le cri de

bataille, qui leur reprochera leur perfidie.» Ce discours animé par la

colère, la fit passer dans tous les cœurs[348]. Tous s'écrient qu'ils

sont prêts à sacrifier leur vie; qu'on les conduise promptement contre

les rebelles. L'empereur fit aussitôt partir Gumoaire avec une troupe

d'auxiliaires[349], pour se joindre à Marcianus, et fermer le passage

de Sucques du côté de la Thrace. Il choisissait cet officier par

préférence, parce qu'il était ennemi personnel de Julien, qui l'avait

traité avec mépris. Il continua sa marche vers Antioche avec le reste

de son armée.

[Note 347: Sapor ne s'était décidé à se retirer que parce que les

augures qu'il consultait depuis long-temps continuaient de lui être

contraires. _Eique hæc disponenti luce posterâ nuntiatur, Regem cum

omni manu quam duxerat, ad propria revertisse, auspiciis dirimentibus_,

dit Ammien Marcellin, l. 21, c. 13.--S.-M.]

[Note 348: Un certain Théodote, qu'Ammien Marcellin qualifie de

_præsidalis_ d'Hiérapolis, et d'autres notables (_Honorati_) de la

ville, supplièrent Constance de leur envoyer la tête du rebelle Julien,

pour qu'elle fût donnée en spectacle, comme l'avait été celle de

Magnence. Julien pardonna dans la suite à ce misérable (Amm. Marc., l.

22, c. 14). Voyez ci-après, dans le tome III, liv. XIII, § 4.--S.-M.]

[Note 349: Avec des Lètes, _cum Lætis_. Voyez ce que j'ai dit de

ces peuples ci-devant, l. XI, § 13, p. 332, note 1.--S.-M.]

[Note latérale: XLVIII. Mort de Constance.

Amm. l. 21, c. 13, 14 et 15.

Ath. de syn. t. 1, p. 748.

Greg. Naz. or. 21, t. 1, p. 389.

Vict. epit. p. 227.

Eutr. l. 10.

Hier. chron. et epist. 60, t. 1, p. 341.

Idat. chron.

Socr. l. 2, c. 7.

Theod. l. 2, c. 32.

Soz. l. 5, c. 1.

Philost. l. 6, c. 5.

Zon. l. 13, t. 2, p. 22.

Chron. Alex. vel Pasch. p. 294.

Theoph. p. 39.

Cedren. t. 1, p. 303.

Cellar. geog. l. 3, c. 8, art. 122.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 263 / 331 题