Zos. l. 3, c. 11.]

Julien travaillait à réunir autour de lui les garnisons de Pannonie,

d'Illyrie et de Mésie, lorsqu'il apprit une révolte capable de

traverser ses projets. Il avait trouvé à Sirmium deux légions de

Constance et une cohorte de sagittaires. Comme il ne comptait pas assez

sur leur fidélité pour les incorporer à son armée, il les envoya en

Gaule sous prétexte que cette province avait besoin de leur secours.

Ces troupes ne s'éloignaient qu'à regret; elles se rebutaient de la

longueur du voyage, et redoutaient les Germains contre lesquels on

allait les employer. Un commandant de cavalerie[343], nommé Nigrinus,

né en Mésopotamie, esprit remuant et séditieux, acheva de les aigrir.

Lorsqu'elles furent arrivées à Aquilée, elles s'emparèrent de la

ville, forte par son assiette et par ses murailles; et de concert avec

les habitants encore attachés au nom de Constance, elles fermèrent

les portes, mirent en état de défense les tours et les remparts, et

firent toutes les dispositions nécessaires pour soutenir leur révolte.

Un pareil exemple pouvait devenir contagieux pour toute l'Italie.

D'ailleurs, la perte d'Aquilée fermait à Julien le passage des Alpes

Juliennes, et le privait des secours qu'il attendait de ce côté-là;

il résolut donc de reprendre au plus tôt cette place. Il envoya ordre

à Jovinus, qui venait de passer les Alpes avec sa division, et qui

n'était encore que dans le Norique[344], de retourner sur ses pas et

d'attaquer Aquilée. Il lui commanda aussi d'arrêter et d'employer

avec ses troupes, les divers détachements qui venaient successivement

de la Gaule pour joindre l'armée. Le siége fut long, et la ville ne

se rendit que deux mois après la mort de Constance. Mais pour ne pas

diviser un événement de cette espèce, je vais en raconter toute la

suite.

[Note 343: _Equitum turmæ tribunus._--S.-M.]

[Note 344: Le _Noricum_ répond à la Carinthie, la Styrie et la

partie de l'archiduché d'Autriche située au sud du Danube.--S.-M.]

[Note latérale: XLV. Siége d'Aquilée.]

L'armée s'étant campée sur deux lignes, autour de la ville, on tenta

d'abord dans une conférence de ramener les assiégés à l'obéissance.

Les deux partis se séparèrent avec plus d'aigreur qu'auparavant.

Le lendemain au point du jour, l'armée sort du camp; les assiégés

paraissent sur les murs en bonne contenance, et les deux partis se

défient par de grands cris. Les assiégeants s'approchent couverts de

madriers et de claies, et portant des échelles. Ils sapent les murs;

ils montent à l'escalade: mais les pierres et les javelots écrasent,

renversent, percent les premiers; les autres fuyent, et entraînent ceux

qui les suivent. Ce succès encourage les assiégés: ils préviennent tous

les dangers avec une vigilance infatigable. Le terrain ne permettait ni

de faire avancer des béliers, ni d'établir des machines, ni de creuser

des souterrains. Le Natison baignait la ville à l'orient. Jovinus crut

pouvoir en profiter. Il joignait ensemble trois grosses barques, y

élevait des tours de bois plus hautes que celles de la ville, et les

faisait ensuite approcher du mur. Alors les soldats postés sur le haut

de ces tours accablaient de traits et de javelots les défenseurs des

murailles, tandis que d'autres soldats placés aux étages inférieurs

s'efforçaient, à l'aide de leurs ponts volants, les uns de sauter sur

le mur, les autres de percer les tours de la ville et de s'y ouvrir un

passage. Cette tentative fut encore inutile. Les traits enflammés qu'on

lançait sur les tours des assiégeants y mettaient le feu; le poids des

soldats dont elles étaient chargées, et qui pour éviter les flammes se

portaient tous en arrière, les faisant pencher, elles se renversaient

dans le fleuve; et les pierres et les dards achevaient de tuer ceux qui

échappaient des flammes et des eaux. Les attaques continuèrent avec

aussi peu de succès. Le fossé était bordé d'une fausse-braie: c'était

une palissade appuyée d'un mur de gazon, qui servait de retraite aux

assiégés dans leurs fréquentes sorties. Les assiégeants, rebutés d'une

si opiniâtre résistance, changèrent le siége en blocus. Ils en vinrent

même à ne laisser dans le camp que les soldats nécessaires à la garde;

les autres allaient piller les campagnes voisines, et devenaient de

jour en jour plus paresseux et plus indisciplinés. Julien avait rappelé

Jovinus, pour l'employer ailleurs. Le comte Immon, qu'il avait chargé

de la conduite du siége, l'avertit de ce désordre. Pour ne pas perdre

tout à la fois les légions qui assiégeaient et celles qui étaient

assiégées, Julien envoya le général Agilon, alors en grande réputation

de probité et de valeur, afin de déterminer les assiégés à se rendre,

en leur apprenant la mort de Constance. Avant son arrivée, Immon tenta

encore de réduire les habitants par la soif: il fit couper les canaux

des aquéducs, et détourner le cours du fleuve. Les assiégés pourvurent

à cette incommodité: ils eurent recours à quelques puits qu'ils avaient

dans la ville, et dont on distribuait l'eau par mesure. Enfin Agilon

arriva. S'étant approché des murailles, il annonça aux habitants que

Constance était mort, et que Julien était paisible possesseur de

tout l'empire. On refusa d'abord de le croire, et on ne lui répondit

que par des injures; mais quand il eut obtenu d'être introduit dans

la ville avec promesse qu'il ne lui serait fait aucune insulte, et

qu'il eût confirmé par serment ce qu'il annonçait, alors les habitants

ouvrent leurs portes, ils protestent qu'ils sont soumis à Julien; ils

se disculpent en chargeant Nigrinus et quelques autres qu'ils livrent

entre les mains du comte. Ils demandent même leur supplice, comme une

réparation de tant de maux que ces esprits séditieux avaient attirés

sur leur ville. Quelques jours après, la cause ayant été mûrement

examinée, Nigrinus fut condamné par la sentence de Mamertinus à être

brûlé vif, comme le premier auteur de la rébellion. Deux sénateurs

nommés Romulus et Sabostius eurent la tête tranchée. On fit grace aux

autres, et Julien fut bien aise d'adoucir par cet exemple de clémence

le spectacle des rigueurs qu'il exerçait, dans le même temps, sur les

ministres de Constance.

[Note latérale: XLVI. Inquiétudes de Julien.

Amm. l. 21, c. 12, 15, et l. 22, c. 1 et 2.

Liban. or. 10, t. 2, p. 289.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 262 / 331 题