Rome manquait de vivres. Gaudentius, qui tenait l'Afrique au nom de
Constance, avait envoyé à Constantinople la flotte de Carthage chargée
du blé destiné à la provision de Rome. Les Romains s'en plaignirent
à Julien; ils accusaient les commandants des côtes, d'avoir par leur
négligence laissé perdre un convoi si important: _Il n'est pas perdu
pour nous_, dit Julien en souriant, _puisqu'il est à Constantinople_;
il se flattait d'être incessamment maître de cette ville. En même
temps, il fit acheter à ses dépens et transporter à Rome une grande
quantité de grains. Quatre sénateurs romains, des plus considérables,
entre lesquels étaient Symmaque et Maxime, avaient été députés à
Constance par le sénat; ils revenaient d'Antioche, où Symmaque s'était
acquis une estime générale par sa vertu et par son éloquence: ils
trouvèrent Julien en Illyrie. Ce prince les combla d'honneurs; et pour
donner une marque de distinction à Maxime, neveu de Vulcatius Rufinus
qui avait été oncle de Gallus, il le nomma préfet de Rome en la place
de Tertullus. Sous ce préfet on vit renaître l'abondance, et le peuple
de cette ville tumultueuse n'eut plus d'occasion de se livrer à son
impatience naturelle. Le nouvel empereur, pour augmenter la confiance
de son parti en faisant paraître la sienne, se comporta en maître
de l'empire: il désigna consuls pour l'année suivante Mamertinus et
Névitta. Le premier venait de remplacer Florentius dans la dignité de
préfet du prétoire d'Illyrie.
[Note latérale: XLIV. Révolte de deux légions.
Amm. l. 21, c. 11, 12, et l. 22, c. 8.