Liban. or. 10, t. 2, p. 286.]

Vadomaire, naturellement fourbe et artificieux, feignait de ne prendre

aucune part à cette guerre. Il tâchait d'amuser Julien par des

protestations d'un attachement inviolable: il lui prodiguait dans ses

lettres les noms les plus flatteurs; il lui donnait même le titre

de _Dieu_. Il entretenait des liaisons avec les officiers romains,

qui gardaient la frontière, et passait souvent le Rhin pour venir se

divertir avec eux. Julien, qui n'était pas dupe de ses artifices,

résolut de le faire enlever. Il dépêcha le secrétaire Philagrius,

qui fut depuis comte d'Orient, et dont il connaissait l'habileté: il

le chargea d'un ordre cacheté qui ne devait être ouvert que quand

Vadomaire se trouverait en-deçà du Rhin. L'occasion se présenta

bientôt. Le prince allemand, affectant toujours beaucoup de sincérité

et de franchise, vint à son ordinaire souper chez le commandant, qui

invita aussi Philagrius. A la fin du repas Philagrius, ayant arrêté

Vadomaire, fit voir sa commission, le mit sous la garde du commandant,

et comme il n'avait point d'ordre pour retenir les gens de ce prince,

il leur laissa la liberté de s'en retourner. Le roi fut conduit au camp

de Julien. Il se crut perdu quand il apprit que ses lettres adressées

à Constance avaient été interceptées; mais Julien sans entrer avec lui

dans aucun éclaircissement, le fit conduire en Espagne. Il ne voulait

pas laisser cet esprit dangereux et perfide à portée de troubler la

Gaule en son absence. Vadomaire rentra en faveur sous le règne de

Valentinien et de Valens, et fut fait duc de la Phénicie. Julien marcha

aussitôt pour abattre par un dernier coup la témérité des Barbares; et

de peur que le bruit de sa marche ne leur fît prendre l'épouvante, et

ne l'obligeât de les poursuivre trop loin, il passa le Rhin pendant

la nuit avec un gros de troupes légères, et les chargea au dépourvu.

Ils se virent enveloppés avant que d'avoir eu le temps de se mettre

en défense; plusieurs furent tués: les autres abandonnant leur butin

et demandant grace, se rendirent prisonniers. Les princes voisins,

qui n'étaient point entrés dans la révolte, vinrent protester de leur

soumission, et renouvelèrent leurs serments. Julien se retira après

les avoir menacés d'une prompte vengeance, s'ils se départaient de la

fidélité qu'ils avaient jurée.

[Note latérale: XXXV. Julien fait prêter serment à ses troupes.

Amm. l. 21, c. 5.

Jul. ad Ath. p. 286. et epist. 13, p. 382.

Liban. or. 10, t. 2, p. 287 et 288.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 252 / 331 题