Eunap. in Max, t. 1, p. 54, ed. Boiss.]

Revenu à Bâle [_Rauracos_], et persuadé que la diligence est le

principal ressort des entreprises hardies, et que dans un péril

inévitable le plus sûr est de l'affronter sans délibérer, il résolut

de se mettre en marche pour aller au-devant de Constance. Il commença

par consulter ses oracles. Il avait fait venir en Gaule le grand-prêtre

d'Éleusis: ce fut avec lui qu'il fit des sacrifices secrets à Bellone;

son médecin Oribasius et un autre fanatique Africain, nommé Évhémère,

confidents de son apostasie, furent seuls admis à ces mystères. Tous

les présages lui promettaient la sûreté et la gloire s'il marchait,

et le menaçaient de sa perte s'il restait dans la Gaule. Il se

félicita de cet heureux concert entre les conseils de ses dieux et

ceux de son ambition. Car ce prince n'était pas tellement esclave

de la superstition, qu'il ne sût bien s'en affranchir quand elle

ne s'accordait pas avec ses intérêts. Il avait, ainsi que Jules

César, l'esprit assez présent pour donner un tour avantageux aux

plus sinistres présages. Un jour qu'il s'exerçait à Paris dans le

Champ-de-Mars, son bouclier s'étant rompu en éclats, l'anse lui resta

seule dans la main: c'était là un des plus fâcheux pronostics, et tous

les spectateurs en paraissaient alarmés: _Ne craignez rien_, leur

cria Julien, _ce que je tenais ne m'a pas échappé_. Se croyant assuré

de la protection du ciel, il voulut éprouver l'attachement de ses

soldats. Les ayant donc fait assembler, il monta sur le tribunal, et

portant sur son front une noble confiance, après leur avoir rappelé de

nouveau ses travaux et leurs exploits, il leur déclara qu'il allait les

conduire aux extrémités de la Dacie; qu'ils ne rencontreraient aucun

obstacle dans leur passage par l'Illyrie; que les premiers avantages

leur en prépareraient de nouveaux, et régleraient leurs démarches: «Je

me charge, ajouta-t-il, de veiller selon ma coutume à votre sûreté et

de vous ménager les succès; et si j'étais obligé de rendre compte de ma

conduite à d'autres qu'à ma conscience, juge souverain et incorruptible

de mes actions, je serai toujours prêt à justifier mes intentions et à

prouver que je n'aurai rien entrepris que ce qui peut vous être utile

à tous. Assurez-moi par serment de votre fidélité; et soit en quittant

ce pays, soit dans le voyage que nous allons faire, gardez-vous de

donner sujet de plainte à aucun particulier. Souvenez-vous que ce

qui fait votre gloire, ce n'est pas seulement d'avoir abattu tant

d'ennemis, mais plus encore d'avoir rendu à ces provinces la paix, la

sûreté et l'abondance.» L'armée reçut ses paroles comme celles d'un

oracle: l'ardeur étincelle dans les yeux: tous de concert, frappant

leurs boucliers, s'écrient qu'ils sont prêts à marcher sous les

auspices d'un si grand capitaine; ils le nomment _le favori des Dieux,

le vainqueur des rois et des nations_. Pour donner à leur serment la

forme la plus solennelle, ils lèvent leurs épées sur leurs têtes, et

prononçant les plus terribles imprécations ils jurent en termes formels

qu'ils s'exposeront pour lui à tous les hasards, et à la mort même. Les

officiers prêtent tous en particulier le même serment. Ces Hérules,

ces Bataves, ces Gaulois, qui l'année précédente avaient refusé de

passer les Alpes pour le service de Constance, sont prêts à suivre

Julien jusqu'au bout du monde. Le seul Nébridius, préfet du prétoire,

fut assez hardi pour représenter, qu'étant comblé des bienfaits de

Constance, il ne pouvait engager sa foi contre le service de ce

prince; et comme les soldats, irrités de sa résistance, menaçaient de

l'égorger, il alla se jeter aux pieds de Julien qui le couvrit de sa

robe. Les soldats respectèrent cet asyle. Nébridius étant retourné au

palais avec Julien, se prosterna devant lui, demandant humblement,

comme un gage de sûreté, la permission de lui baiser la main: _Eh!

quel honneur réserverions-nous donc à nos amis?_ repartit Julien;

_retire-toi où tu jugeras à propos, on ne te fera aucun mal_. Nébridius

se retira en Toscane sur ses terres.

[Note latérale: XXXVI. Disposition de Julien.

Amm. l. 21, c. 8.

Zos. l. 3, c. 10.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 253 / 331 题