Il ne s'occupait que de l'entreprise qu'il méditait contre Constance,
lorsqu'aux approches du printemps il apprit que les Allemans
recommençaient à faire des courses[332]. Les sujets de Vadomaire allié
des Romains avaient été les premiers à prendre les armes. Le bruit se
répandit que cette infraction des traités était l'effet des intrigues
de Constance: que ce prince avait à force d'argent engagé Vadomaire
à se jeter dans la Gaule, afin d'y retenir Julien. Celui-ci n'oublia
pas d'accréditer ces discours: il prétendit même avoir intercepté
des lettres de Constance à Vadomaire et à d'autres rois allemands.
On surprit un courrier de Vadomaire chargé d'une lettre à Constance,
dans laquelle le prince allemand traitait Julien avec assez de mépris.
Julien, pour se débarrasser de ce nouvel ennemi, envoya en diligence
le comte Libinon à la tête des deux légions gauloises qui s'étaient
le plus distinguées dans la nouvelle révolution. Libinon passa le
Rhin auprès de Bâle, et arriva près d'une ville qu'on croit être
Seckingen[333] [_Sanctio_]. A l'approche des Romains, les Barbares en
beaucoup plus grand nombre s'étaient cachés dans des vallons. Le comte
les attaqua sans précaution, et fut tué le premier. La victoire fut
quelque temps disputée; mais il fallut céder au nombre, et les Romains
se retirèrent avec perte.
[Note 332: Ils ravageaient les frontières de la Rhétie, _confines
Rhætiis tractus_.--S.-M.]
[Note 333: C'est l'opinion de Cluvier adoptée par Henri Valois,
dans son Commentaire sur Ammien Marcellin, l. 21, c. 3. L'historien
latin n'indique pas le lien du passage; mais on sait que les états
de Vadomaire étaient voisins de Bâle (_Augusta Rauracum_), où l'on
traversait le Rhin.--S.-M.]
[Note latérale: XXXIV. Prise de Vadomaire.
Amm. l. 21, c. 3 et 4.