Zon. l. 13, t. 2, p. 22.]

Nous avons laissé Julien à Vienne en Gaule, où il passa une partie

de l'hiver dans de profondes réflexions. Devait-il tenter toutes les

voies de douceur pour se réconcilier avec Constance, ou forcer ce

prince par les armes à le reconnaître pour collègue? L'un et l'autre

parti paraissait également dangereux. D'un côté l'exemple de Gallus

lui apprenait quel fond il devait faire sur la foi d'un prince qui

n'épargnait ni la séduction ni le parjure, et qui plongeait le poignard

dans le sein de ses proches au moment qu'il feignait de les embrasser:

de l'autre, il craignait cette fortune qui partout ailleurs abandonnant

Constance, l'avait toujours fidèlement suivi dans les guerres civiles.

Ce dernier péril lui sembla pourtant préférable, parce qu'une guerre

déclarée lui laissait toutes les ressources de la prudence et de la

valeur, et que d'ailleurs la fortune l'avait lui-même jusqu'alors

assez bien servi, pour mériter qu'il se mît entre ses mains plutôt

qu'en celles de Constance. La superstition aida encore, dit-on, à le

déterminer. Il crut voir en songe le Soleil, sa divinité favorite,

qui lui annonçait que Constance mourrait avant la fin de l'année. La

prédiction telle qu'elle est rapportée par plus d'un auteur, est trop

claire et trop précise pour laisser occasion de douter qu'elle ait

été composée après coup[330]. Saint Grégoire, sur la foi d'un bruit

qui courait alors, prétend qu'il était facile à Julien de prédire

cette mort, parce qu'il avait pris des mesures pour la procurer par

le ministère d'un domestique de Constance. Il est plus sûr de dire

que tout le détail de ce songe n'est qu'une fable inventée après

l'événement. Julien, qui se vantait si volontiers de la protection des

Dieux, n'en fait aucune mention expresse dans ses écrits. Ayant donc

résolu de prendre les armes, il ne fit rien avec précipitation: il

songea moins à forcer les circonstances, qu'à profiter des incidents;

il se donna le temps d'affermir sa puissance et de dresser son plan

avec maturité et tranquillité d'esprit. Il publiait qu'il ne voulait

aller trouver Constance que pour se justifier, et qu'il s'en remettrait

au jugement des deux armées. Les soldats de Magnence s'étaient répandus

de toutes parts et subsistaient de brigandages. Julien fit proclamer

une amnistie en leur faveur, il les rappela à leurs drapeaux, et

rétablit la sûreté sur les grands chemins. Apostat depuis long-temps,

il observait dans le particulier toutes les pratiques du paganisme;

mais ce secret n'était connu que du petit nombre de ses plus intimes

confidents. Comme son armée était composée de chrétiens et de païens,

il déclara qu'il laissait à chacun la liberté de servir Dieu à sa

manière; mais il continua de faire à l'extérieur profession de

christianisme. Il assista même aux prières publiques dans l'église de

Vienne le jour de l'Epiphanie[331].

[Note 330: Cette prédiction, composée de quatre vers grecs, se

retrouve dans Ammien Marcellin, dans Zosime et dans Zonaras. Elle est

ainsi conçue:

Ζεὺς ὅταν εἰς πλατὺ τέρμα μόλῃ κλυτοῦ ὑδροχόοιο,

Παρθενικῆς δὲ Κρόνος μοίρῃ βαίνῃ ἐπὶ πέμπτῃ,

Εἰκοστῇ, βασιλεὺς Κωνστάντιος Ἀσίδος αἴης

Τέρμα φίλου βιοτοῦ ϛυγερὸν καὶ ἑπώδυνον ἕξει.

C'est-à-dire: «Quand Jupiter aura parcouru tout le signe du Verseau, et

que Saturne sera dans le vingt-cinquième degré de la Vierge, Constance,

monarque de l'Asie, terminera sa vie dans de grands tourments».--S.-M.]

[Note 331: _Et ut hæc interim celarentur, feriarum die, quem

celebrantes mense januario Christiani Epiphania dictitant, progressus

in eorum ecclesiam, solemniter numine orato discessit._ Amm. Marcel.,

l. 21, c. 2.--S.-M.]

[Note latérale: XXXIII. Les Allemans reprennent les armes.

Amm. l. 21, c. 3.

Jul. ad Ath. p. 286.

Liban. or. 5, t. 2, p. 180; et 10, p. 286 et 287.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 250 / 331 题