Après une longue délibération, Constance s'en tint à son premier
plan: c'était de terminer d'abord la guerre contre les Perses pour
ne laisser derrière lui aucun sujet d'inquiétude. Il devait ensuite
revenir sur ses pas, traverser rapidement l'Illyrie et l'Italie, et
fondre tout à coup sur Julien. Tels étaient les projets dont il se
faisait illusion et dont il amusait ses officiers. Cependant pour
s'assurer de l'Afrique, province importante dans une guerre civile,
il y envoya Gaudentius[324], qui lui avait servi d'espion dans la
Gaule. Gaudentius, timide et intéressé, avait sujet de craindre le
ressentiment de Julien; et persuadé que Constance resterait victorieux,
comme personne n'en doutait alors, il ne pouvait manquer de zèle pour
le servir. Aussi s'acquitta-t-il parfaitement de sa commission. Dès
qu'il fut arrivé, il instruisit des ordres de l'empereur le comte
Crétion et les autres commandants; il leva de bons soldats; il fit
venir des coureurs de la Mauritanie; il garnit de camps volants les
côtes opposées à la Gaule et à l'Italie, et tant que Constance vécut,
il ferma aux ennemis l'entrée du pays, quoique la côte de Sicile,
depuis le Cap de Lilybée jusqu'à celui de Pachyn, fût bordée des
troupes de Julien, qui ne cherchaient que l'occasion de débarquer en
Afrique.
[Note 324: Il était _notarius_ ou secrétaire-d'état. _Per mare
notarium misit Gaudentium, quem exploratorem actuum Juliani per Gallias
aliquamdiu fuisse præstrinximus._ Amm. Marc. l. 21, c. 7.--S.-M.]
[Note latérale: XXXI. Il passe en Mésopotamie.