L'année suivante le consulat fut d'abord la récompense et enfin
l'écueil de deux ambitieux, qui ne méritaient que des châtiments. Cette
dignité avait été promise à Taurus, s'il venait à bout de corrompre
les évêques assemblés à Rimini. Constance lui tint parole; il lui
donna pour collègue Florentius, qui avait acheté les bonnes graces de
l'empereur en traversant les desseins que Julien avait formés pour le
soulagement de la Gaule. Taurus était déja préfet du prétoire d'Italie:
Florentius venait d'être revêtu de la même charge en Illyrie, où il
avait succédé à Anatolius. Leur fortune tomba, avant la fin de leur
consulat, comme on le verra dans la suite. Constance qui se proposait
de combattre cette année Sapor et Julien, faisait de très-grands
préparatifs: il levait des milices dans toutes les provinces; il
obligeait tous les ordres, toutes les conditions de contribuer pour
la solde des troupes, et pour les fournitures d'habits, d'armes, de
machines, de vivres et de chevaux. Il prodigua l'or et l'argent aux
rois et aux satrapes d'au-delà du Tigre[322] pour les gagner. Arsace
roi d'Arménie, et Méribanès roi d'Ibérie[323], étaient les plus à
craindre, s'ils se fussent déclarés pour les Perses. Constance leur
envoya des ambassadeurs chargés de riches présents. Hermogène, préfet
d'Orient, étant mort, il nomma Helpidius en sa place. Celui-ci était de
Paphlagonie: son extérieur n'avait rien d'avantageux; il s'énonçait
mal, mais il était digne de sa fortune par sa droiture, par sa fermeté
à rendre la justice, et par sa douceur. On dit qu'ayant reçu de la
bouche même de Constance l'ordre de mettre à la torture un homme qu'il
savait être innocent, il supplia instamment l'empereur d'accepter
la démission de sa charge, et d'en revêtir quelqu'un qui fût plus
propre que lui à exécuter des ordres de cette nature. Il paraît que
cette généreuse franchise arrêta le cours de l'injustice. Helpidius
fut ensuite dépouillé de sa dignité par Julien, qui ne put l'engager
à renoncer au christianisme. Sa femme Aristénète ne fut pas moins
illustre. Saint Jérôme en fait un grand éloge; et Libanius, trop ennemi
des chrétiens pour rendre toujours justice à Helpidius, n'a pu refuser
des louanges à cette épouse vertueuse.
[Note 322: _Transtigritanos reges et satrapas._ Amm. Marc. l. 21,
c. 6.--S.-M.]
[Note 323: On ne retrouve point ce roi dans les divers extraits
que nous possédons des chroniques géorgiennes. Il se pourrait que
les compilateurs modernes de ces histoires l'eussent confondu avec
l'un de ses prédécesseurs appelé Mihran, celui qui établit en Ibérie
le culte de J.-C. (Voyez l. IV, § 65.). Leur nom est en effet le
même. _Méribanès_ ne diffère réellement pas de _Mirvan_, dénomination
fort commune chez les Géorgiens, et qui n'est qu'une corruption de
_Mirian_, qui n'est guère moins usitée. Celle-ci n'est elle-même qu'une
altération du nom arménien et persan _Mihran_, qui se présente dans les
auteurs byzantins sous la forme _Mirranès_, et dans les anciens sous
celle de _Mithrinès_. Ils dérivent tous du nom du dieu Mithra, qui est
en persan et en arménien _Mihr_ ou _Mihir_.--S.-M.]
[Note latérale: XXX. Il s'assure de l'Afrique.