Le combat dura tout le jour. Sur le soir les deux partis s'étant
retirés, Constance passa la nuit dans de violentes agitations. D'une
part il sentait l'importance de ne pas laisser les Perses maîtres d'une
place qui faisait de ce côté-là le plus fort boulevard de l'empire: de
l'autre tous les ouvrages étaient ruinés, et la saison avancée. Il se
détermina à tenir la place bloquée, espérant de la prendre par famine.
C'était s'exposer à souffrir lui-même plus de maux qu'il n'en pouvait
faire aux assiégés: son armée aurait été détruite avant qu'elle eût
pu réduire la place. Bientôt de violents orages, la terre détrempée
par des pluies continuelles, le froid de l'hiver qui se faisait sentir
de plus en plus, les partis ennemis qui lui enlevaient ses convois,
les murmures des soldats rebutés de tant de fatigues, l'obligèrent à
lever le siége. Couvert de honte, il revint passer le reste de l'hiver
à Antioche. Il était le 17 de décembre à Hiérapolis en Syrie[318].
Les Ariens attribuaient ces mauvais succès à l'exil de plusieurs de
leurs évêques; les catholiques, à la persécution suscitée contre les
orthodoxes; les païens, à la destruction de leurs temples: et, si l'on
en croit Julien, Constance les regarda lui-même comme une punition du
meurtre de ses proches, et surtout de Gallus, dont la fin tragique
commençait à lui causer des remords. Étrange condition de ce prince,
que tous les partis et sa propre conscience elle-même trouvassent dans
sa conduite de quoi l'accuser d'avoir mérité ses malheurs!
[Note 318: C'est ce que nous apprenons d'une loi donnée dans cette
ville, et datée du 16 des calendes de janvier (17 décembre), _decimo
sexto kal. jan._, au lieu de _decimo sexto kal. jun._, le 16 des
kalendes de juin (le 17 mai) qu'on y lit par erreur. Cette remarque
est de Tillemont, _Histoire des Empereurs_, t. IV, Constance, note
46.--S.-M.]
[Note latérale: XXVII. Fin malheureuse d'Amphilochius.