L'empereur arrivé près de Bézabde, entoura son camp d'une palissade
et d'un fossé profond. Il trouva les brèches réparées et la place en
état de défense. Il fit d'abord proposer à la garnison le choix d'être
renvoyée en Perse, ou de prendre parti dans ses troupes. Comme elle
était composée de noblesse qui se piquait de valeur, ces conditions
furent rejetées avec mépris. Les Romains, partagés en différents
corps, investirent la place, et s'avancèrent à petits pas. Mais les
pierres dont les assiégés les accablaient, brisèrent leurs boucliers,
rompirent leur ordonnance, et les obligèrent à s'éloigner. Après
un jour de repos, ils se rapprochent avec précaution et tentent un
assaut général. Les assiégés ayant tendu sur les murailles de grands
rideaux de poil de chèvre qui les dérobaient à la vue de l'ennemi,
ne se montraient que pour lancer des pierres et des javelots. Ils
jettaient sur les mantelets établis au pied du mur des tonneaux remplis
de cailloux, des meules de moulin, des fragments de colonnes, qui
écrasaient de leur poids et les machines et les soldats. D'autre part,
les assiégeants abattaient à coups de traits, à coups de fronde tous
ceux qui se présentaient à la défense des remparts: ils travaillaient
sans cesse à élever leurs terrasses; le siége devenait de jour en
jour plus meurtrier. L'ardeur des soldats romains multipliait leurs
pertes. Pour se faire remarquer de l'empereur, dont ils espéraient
récompense, ils quittaient leurs casques et s'exposaient la tête nue
aux coups des ennemis. Ce qui alarmait le plus les assiégés, c'était un
bélier d'une énorme grosseur. Les Perses s'en étaient servis plus de
cent ans auparavant pour battre les murailles d'Antioche, lorsqu'ils
s'en étaient rendus maîtres du temps de Valérien: à leur retour ils
l'avaient laissé dans la ville de Carrhes. Constance, l'ayant fait
démonter pour en faciliter le transport, le remit en batterie au pied
d'une tour. Chaque coup qu'il portait, ébranlait la tour jusqu'aux
fondements, et glaçait d'effroi les habitants. On s'efforçait d'y
mettre le feu; on lançait pour cet effet des traits enflammés; mais
les Romains ayant eu la précaution d'enduire d'alun, ou d'envelopper
de peaux et de haillons imbibés d'eau le bois de leurs batteries, le
feu n'y trouvait aucune prise. Les Perses, ne pouvant détruire cette
terrible machine, réussirent à la rendre inutile. Dans le moment que le
bélier venait frapper la tour, ils en saisirent la tête avec de longs
cordages, et le tinrent si fortement assujetti, qu'il était impossible
de le retirer en arrière et de le mettre en branle. En même temps ils
versaient dessus à grands flots le bitume et la poix ardente.
[Note latérale: XXV. Vigoureuse résistance.]
Déja les terrasses s'élevaient à la hauteur des murs. Les assiégés
voyant leur perte assurée, s'ils ne redoublaient leurs efforts,
font une furieuse sortie: ils chargent avec vigueur les premiers
bataillons, et lancent sur les machines des torches et des matières
enflammées. Après un combat opiniâtre, on les repousse dans la
place. Les flèches et les pierres volent sans cesse des terrasses
sur les murs: on s'empresse d'une part à mettre le feu aux tours, de
l'autre à l'éteindre. Les Perses et les Romains également désespérés
de leurs pertes, sortent en grand nombre les uns de la ville, les
autres de leur camp: ceux-là, armés de fer et de feu réduisent en
cendres toutes les machines. On ne put sauver que le gros bélier à
demi brûlé: une troupe de braves soldats vint à bout de le dégager
en rompant par des secousses redoublées les cordages qui le tenaient
attaché à la muraille. Les deux partis enveloppés de flamme et de
fumée se battaient en aveugles et confondaient leurs coups; la nuit
les sépara. Les Romains après quelques moments de repos reculèrent
leur camp, pour n'être plus exposés à des attaques si précipitées.
Leurs terrasses étaient achevées, et surmontaient les murs. Ils y
établirent deux balistes, en état de foudroyer la ville. Avant le
point du jour, s'étant partagés en trois corps, ils s'avancent au son
des trompettes, portant des échelles et tous les instruments alors en
usage pour saper et démolir les murs. On fait en même temps de part et
d'autre des décharges de flèches. Mais ce qui incommodait le plus les
assiégés, c'étaient les deux balistes placées sur la terrasse. Résolus
de périr ou de détruire ces machines meurtrières, ils ne laissent
dans la place que le nombre nécessaire pour la défense; les autres
sortent secrètement par une poterne éloignée de la vue de l'ennemi, et
fondent tout à coup les armes à la main, suivis d'une seconde troupe
qui portait des torches allumées. Ceux-ci pendant l'ardeur du combat
se coulent derrière leurs camarades et vont appliquer le feu à la
terrasse, construite en grande partie de branches d'arbres, de joncs et
de roseaux. La flamme s'élève, la terrasse n'est bientôt qu'un grand
bûcher: les soldats romains l'abandonnent, et sauvent avec peine leurs
balistes.
[Note latérale: XXVI. Constance lève le siége.
Amm. l. 20, c. 11.
Liban. pro templis, p. 24, ed. Goth.
Jul. ad Ath. p. 271.
Philost. l. 3, c. 4.
Cod. Th. l. 7, tit. 4, leg. 6.
Baron. ad ann. 359.