Amm. l. 20, c. II.]

L'empereur arrivé près de Bézabde, entoura son camp d'une palissade

et d'un fossé profond. Il trouva les brèches réparées et la place en

état de défense. Il fit d'abord proposer à la garnison le choix d'être

renvoyée en Perse, ou de prendre parti dans ses troupes. Comme elle

était composée de noblesse qui se piquait de valeur, ces conditions

furent rejetées avec mépris. Les Romains, partagés en différents

corps, investirent la place, et s'avancèrent à petits pas. Mais les

pierres dont les assiégés les accablaient, brisèrent leurs boucliers,

rompirent leur ordonnance, et les obligèrent à s'éloigner. Après

un jour de repos, ils se rapprochent avec précaution et tentent un

assaut général. Les assiégés ayant tendu sur les murailles de grands

rideaux de poil de chèvre qui les dérobaient à la vue de l'ennemi,

ne se montraient que pour lancer des pierres et des javelots. Ils

jettaient sur les mantelets établis au pied du mur des tonneaux remplis

de cailloux, des meules de moulin, des fragments de colonnes, qui

écrasaient de leur poids et les machines et les soldats. D'autre part,

les assiégeants abattaient à coups de traits, à coups de fronde tous

ceux qui se présentaient à la défense des remparts: ils travaillaient

sans cesse à élever leurs terrasses; le siége devenait de jour en

jour plus meurtrier. L'ardeur des soldats romains multipliait leurs

pertes. Pour se faire remarquer de l'empereur, dont ils espéraient

récompense, ils quittaient leurs casques et s'exposaient la tête nue

aux coups des ennemis. Ce qui alarmait le plus les assiégés, c'était un

bélier d'une énorme grosseur. Les Perses s'en étaient servis plus de

cent ans auparavant pour battre les murailles d'Antioche, lorsqu'ils

s'en étaient rendus maîtres du temps de Valérien: à leur retour ils

l'avaient laissé dans la ville de Carrhes. Constance, l'ayant fait

démonter pour en faciliter le transport, le remit en batterie au pied

d'une tour. Chaque coup qu'il portait, ébranlait la tour jusqu'aux

fondements, et glaçait d'effroi les habitants. On s'efforçait d'y

mettre le feu; on lançait pour cet effet des traits enflammés; mais

les Romains ayant eu la précaution d'enduire d'alun, ou d'envelopper

de peaux et de haillons imbibés d'eau le bois de leurs batteries, le

feu n'y trouvait aucune prise. Les Perses, ne pouvant détruire cette

terrible machine, réussirent à la rendre inutile. Dans le moment que le

bélier venait frapper la tour, ils en saisirent la tête avec de longs

cordages, et le tinrent si fortement assujetti, qu'il était impossible

de le retirer en arrière et de le mettre en branle. En même temps ils

versaient dessus à grands flots le bitume et la poix ardente.

[Note latérale: XXV. Vigoureuse résistance.]

Déja les terrasses s'élevaient à la hauteur des murs. Les assiégés

voyant leur perte assurée, s'ils ne redoublaient leurs efforts,

font une furieuse sortie: ils chargent avec vigueur les premiers

bataillons, et lancent sur les machines des torches et des matières

enflammées. Après un combat opiniâtre, on les repousse dans la

place. Les flèches et les pierres volent sans cesse des terrasses

sur les murs: on s'empresse d'une part à mettre le feu aux tours, de

l'autre à l'éteindre. Les Perses et les Romains également désespérés

de leurs pertes, sortent en grand nombre les uns de la ville, les

autres de leur camp: ceux-là, armés de fer et de feu réduisent en

cendres toutes les machines. On ne put sauver que le gros bélier à

demi brûlé: une troupe de braves soldats vint à bout de le dégager

en rompant par des secousses redoublées les cordages qui le tenaient

attaché à la muraille. Les deux partis enveloppés de flamme et de

fumée se battaient en aveugles et confondaient leurs coups; la nuit

les sépara. Les Romains après quelques moments de repos reculèrent

leur camp, pour n'être plus exposés à des attaques si précipitées.

Leurs terrasses étaient achevées, et surmontaient les murs. Ils y

établirent deux balistes, en état de foudroyer la ville. Avant le

point du jour, s'étant partagés en trois corps, ils s'avancent au son

des trompettes, portant des échelles et tous les instruments alors en

usage pour saper et démolir les murs. On fait en même temps de part et

d'autre des décharges de flèches. Mais ce qui incommodait le plus les

assiégés, c'étaient les deux balistes placées sur la terrasse. Résolus

de périr ou de détruire ces machines meurtrières, ils ne laissent

dans la place que le nombre nécessaire pour la défense; les autres

sortent secrètement par une poterne éloignée de la vue de l'ennemi, et

fondent tout à coup les armes à la main, suivis d'une seconde troupe

qui portait des torches allumées. Ceux-ci pendant l'ardeur du combat

se coulent derrière leurs camarades et vont appliquer le feu à la

terrasse, construite en grande partie de branches d'arbres, de joncs et

de roseaux. La flamme s'élève, la terrasse n'est bientôt qu'un grand

bûcher: les soldats romains l'abandonnent, et sauvent avec peine leurs

balistes.

[Note latérale: XXVI. Constance lève le siége.

Amm. l. 20, c. 11.

Liban. pro templis, p. 24, ed. Goth.

Jul. ad Ath. p. 271.

Philost. l. 3, c. 4.

Cod. Th. l. 7, tit. 4, leg. 6.

Baron. ad ann. 359.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 242 / 331 题