Il prit ensuite sa route par la Cappadoce, où les députés de Julien
vinrent le trouver à Césarée, comme nous l'avons raconté. Il y fit
venir Arsace, roi d'Arménie. L'empereur informé que les Perses
s'efforçaient par toutes sortes d'artifices, et même de menaces, de
détacher ce prince de l'alliance des Romains, lui rendit de grands
honneurs; pour l'attacher par des nœuds plus étroits [à l'empire,
il lui avait fait] épouser Olympias, fille d'Ablabius, autrefois
fiancée à Constant, et qui avait porté en mariage à Arsace de grands
domaines, qu'elle possédait dans l'empire[314]. Ce mariage fut assez
généralement désapprouvé[315]. On pensait que Constance avait manqué à
la mémoire de son frère; on le blâmait d'avoir livré entre les mains
d'un prince barbare, une épouse que Constant s'était destinée. Arsace,
après avoir plusieurs fois protesté avec serment qu'il perdrait la vie
plutôt que de renoncer à l'alliance des Romains, retourna dans ses
états, comblé de présents pour lui et pour toute sa suite. Constance
continua sa route par Mélitène, ville de la petite Arménie[316]. Ayant
passé l'Euphrate à Samosate, il vint à Édesse: il y resta long-temps
pour attendre les divers corps de troupes qui s'y rendaient, et les
provisions de vivres dont il faisait de grands amas. Il n'en partit
qu'après l'équinoxe d'automne, et il prit le chemin d'Amid. A la
vue de cette ville malheureuse, qui n'était plus qu'un monceau de
pierres et de cendres, il ne put retenir ses larmes. Le trésorier de
l'épargne[317], nommé Ursule, qui se trouvait à ses côtés, attendri
d'un si triste spectacle, s'écria: _Voilà donc avec quel courage nos
soldats défendent nos villes, tandis que l'empire s'épuise pour payer
leurs services_. Cette parole piqua vivement les soldats: elle fut
dans la suite, sinon la vraie cause, du moins le prétexte du massacre
d'Ursule.
[Note 314: Lebeau s'était trompé en plaçant à cette époque le
mariage du roi d'Arménie avec Olympias. J'ai dû faire disparaître cette
erreur. Ammien parle, il est vrai, de ce mariage sous cette année,
mais il ne dit pas qu'il fut conclu alors. J'ai déja fait voir p. 242,
liv. X, § 23, que les reproches adressés à Constance par S. Athanase,
en l'an 358, reportent nécessairement cette alliance à une époque
antérieure. Tout ce qu'on doit conclure du passage d'Ammien Marcellin,
c'est qu'Olympias vivait encore lorsque le roi d'Arménie vint visiter
Constance. Cette erreur avait déja été commise par Tillemont (_Hist.
des Emp._, t. 4. Constantin, art. 60); mais si Lebeau avait lu avec
plus d'attention un autre endroit du même auteur (t. V, Valens, art.
12 et not. 12.), il y aurait vu un changement d'opinion qui portait
le mariage d'Arsace en 350. C'est peut-être trop tôt. Quoi qu'il en
soit, il est facile de voir que les expressions employées par Ammien
Marcellin indiquent qu'il regardait la chose comme passée. _Nihil
ausus temerare posteà promissorum, obligatus gratiarum multiplici nexu
Constantio: inter quas illud potiùs excellebat, quòd Olympiada Ablabii
filiam præfecti quondam prætorio, ei copulaverat conjugem, sponsam
fratris sui Constantis._ Gibbon, t. IV, p. 476 a commis une plus grande
erreur encore, en rapportant qu'Olympias avait épousé le roi Diran,
qu'il appelle Arsace Tiranus, père du roi Arsace, et mort depuis
long-temps à l'époque dont il s'agit. C'est là une des nombreuses
fautes qui ont été commises par Gibbon en voulant combiner l'histoire
d'Arménie avec celle des Empereurs.--S.-M.]
[Note 315: Voyez ci-devant, p. 242, l. X, § 23.--S.-M.]
[Note 316: Ammien Marcellin ajoute qu'il passa ensuite par la
Lacotène; c'est un canton de la petite Arménie entre Mélitène et
Samosate.--S.-M.]
[Note 317: _Qui ærarium tuebatur._--S.-M.]
[Note latérale: XXIV. Siége de Bézabde.