Les intrigues de cour venaient d'enlever à l'empereur le plus habile
et le plus fidèle de ses généraux; sa propre imprudence lui enleva la
moitié de l'empire. Lucien avait été envoyé en Gaule pour y tenir la
place de Salluste; mais il n'était pas capable de le remplacer dans le
cœur de Julien. Ennemi secret de ce prince, il se joignit à Florentius
et à la cabale de la cour pour déterminer l'empereur à rappeler le
César, ou du moins à le désarmer, en lui retirant ses meilleures
troupes. La jalousie de Constance appuya ses conseils pernicieux. Il
fit partir Décentius secrétaire d'état[269], avec ordre de lui amener
les Hérules, les Bataves, et deux légions gauloises[270], renommées
pour leur bravoure, avec trois cents hommes choisis dans chacun des
autres corps. C'était toute la force de l'armée de Julien. Ces troupes
devaient se rendre en diligence à Constantinople, pour marcher contre
les Perses au commencement du printemps. Les ordres étaient adressés
à Lupicinus. Constance en envoyait d'autres à Gintonius Sintula,
grand-écuyer[271] de Julien; il le chargeait de choisir les plus
braves des soldats de la garde[272], et de les lui amener lui-même. Il
n'écrivit à Julien que pour lui enjoindre de presser l'exécution de ses
volontés.
[Note 269: Il était en même temps tribun, _tribunum et
notarium_.--S.-M.]
[Note 270: C'étaient les légions nommées Pétulante et Celtique:
_cumque Petulantibus Celtas_.--S.-M.]
[Note 271: _Stabuli tribunus._ Cet officier est appelé simplement
Sintula dans Ammien Marcellin; c'est Julien lui-même qui nous apprend
qu'il portait aussi le nom de Gintonius (ad Athen. l. 282, ed.
Spanh.)--S.-M.]
[Note 272: Dans les corps des Scutaires et des Gentils ou des
étrangers, _de Scutariis et Gentilibus_.--S.-M.]
[Note latérale: IV. Expédition de Lupicinus contre les Scots.
Amm. l. 10, c. 1.