Constance étant pour la dixième fois consul, et Julien pour la
troisième, les préparatifs de Sapor alarmaient l'empire. Ce prince,
toujours animé par Antonin et par Craugasius, menaçait de nouveau
la frontière. L'empereur, comme s'il eût été d'intelligence avec
les Perses, laissait échapper ses ressources, à mesure qu'il voyait
croître le péril. Il commença par éloigner pour toujours Ursicin, le
seul guerrier capable de résister aux Perses. Dès que ce général fut
revenu à la cour, ses anciens ennemis l'attaquèrent, d'abord par des
censures qu'ils hasardaient sourdement, ensuite par des calomnies
qu'ils débitaient avec hardiesse. L'empereur crédule et accoutumé à ne
voir que par les yeux d'autrui, nomma commissaires pour informer de sa
conduite, Arbétion, l'auteur secret de ces intrigues, et Florentius,
maître des offices et différent du préfet de la Gaule. Ils avaient
ordre de l'interroger sur les causes de la prise d'Amid. Ursicin
n'avait pas de peine à prouver qu'on ne devait attribuer cette disgrace
qu'à la lâcheté de Sabinianus; mais ses raisons n'étaient pas même
écoutées. Les commissaires, de crainte d'offenser le grand-chambellan,
dont Sabinianus était la créature, n'évitaient rien tant que de
découvrir la vérité; et à dessein de s'en écarter comme d'un écueil
dangereux, ils se jetaient dans des discussions frivoles et étrangères.
Ursicin, naturellement vif et impatient, fatigué de cet indigne
manége, ne put se contenir: _Quoique l'empereur me méprise_, dit-il,
_au point de ne daigner m'entendre, l'affaire est assez importante pour
n'être pas abandonnée à la discrétion de ses eunuques: c'est à lui seul
qu'il appartient d'en connaître et de punir les coupables. En attendant
qu'il s'y détermine, faites-lui savoir que, tandis qu'il déplore la
perte d'Amid, il se forme sur la Mésopotamie un nouvel orage, qu'il ne
pourra lui-même conjurer à la tête de toutes ses troupes._ Ces paroles
hardies, envenimées encore par la malignité des délateurs, excitèrent
la colère de Constance: il fit cesser l'information; et sans vouloir
s'instruire de ce qu'on affectait de lui cacher, il chassa Ursicin de
la cour, et le relégua dans ses terres. Agilon, qui n'était alors que
commandant d'une des compagnies de la garde, fut revêtu de la charge
importante de général de l'infanterie; et Ursicin passa le reste de ses
jours dans une obscurité plus fâcheuse pour l'état que pour lui-même.
[Note latérale: III. Constance rappelle de la Gaule une partie des
troupes.
Amm. l. 20, c. 4.
Jul. ad Ath. p. 282.
Liban. or. 8, t. 2, p. 240 et or. 10, p. 282 et 283.