Zonar. l. 13, t. 2, p. 20.]

Julien acquérait autant d'estime que Constance s'attirait de mépris.

Rien n'était plus opposé que la conduite des deux princes. Le César,

après avoir passé l'été à soumettre les Barbares, employait le temps de

l'hiver à rétablir les provinces. Il modérait le fardeau des impôts,

il réprimait les usurpations, il enchaînait l'avarice de tous ces

hommes de sang et de rapines, qui ne s'enrichissent que des pertes

publiques: il veillait avec tant d'attention sur les magistrats, qu'ils

ne pouvaient s'écarter des règles de la justice. Son exemple était

pour les juges une loi vivante plus forte que toutes les autres lois.

Il se chargeait lui-même des affaires importantes, et les jugeait avec

la plus scrupuleuse intégrité. Un gouverneur fut accusé de concussion

devant Florentius. Celui-ci coupable du même crime ne fut pas assez

hardi pour condamner son semblable: sa colère se tourna contre

l'accusateur, et le concussionnaire fut absous. L'injustice était trop

évidente; les murmures éclatèrent, et Florentius, pour se mettre à

couvert, pria Julien de revoir le procès: il se flattait que le César

n'oserait casser sa sentence. Julien refusa d'abord; il s'excusa sur

ce qu'il ne lui appartenait pas de réformer le jugement d'un préfet

du prétoire. Enfin, pressé de prononcer, il décida en faveur de la

vérité et de la justice. Florentius s'en vengea à son ordinaire, en

écrivant contre lui à la cour. La sévérité de Julien n'empruntait rien

de l'humeur ni du caprice; elle était toujours éclairée, et n'agissait

qu'autant qu'elle était guidée par la certitude des faits. On accusa

encore de concussion devant lui Numérius qui avait gouverné la province

Narbonaise[256]. Julien voulut le juger dans une audience publique:

l'accusé se défendait fortement en niant les faits, et les preuves

manquaient pour le convaincre. Alors l'accusateur Delphidius[257], qui

plaidait avec chaleur, s'écria d'un ton d'impatience: _Eh! César; qui

sera jamais coupable, si l'οn est quitte pour nier les faits!_--_Et qui

sera jamais innocent_, repartit Julien, _si, pour être coupable, il

suffit d'être accusé?_

[Note 256: _Narbonensis rector._--S.-M.]

[Note 257: C'était l'orateur Atticus Tiro Delphidius, célèbre à

cette époque par son éloquence et ses talents poétiques.--S.-M.]

[Note latérale: LXXI. Quatrième campagne de Julien.

Amm. l. 18, c. 2.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 222 / 331 题