Hermant, vie de S. Ath. l. 8. c. 16, et suiv.]

L'opiniâtre résistance de cette ville infortunée causa sa ruine,

mais elle sauva la Syrie. Tandis que les Perses menaçaient l'Orient,

Constance ne songeait qu'à défendre l'arianisme. Il eut pour le

malheur de la religion plus de succès que Sapor, et il fit cette année

à l'église des plaies plus profondes, que les Perses n'en purent

faire à l'empire. Il était revenu à Sirmium après la destruction des

Limigantes; il y assista à une assemblée de huit évêques; c'était le

préliminaire des deux conciles indiqués pour cette année. La doctrine

des demi-Ariens, qui dominait alors à la cour, y fut confirmée par

un nouveau formulaire. Pendant ce temps-là les évêques d'Occident se

rendaient à Rimini, et ceux d'Orient à Séleucie. Le concile de Rimini

s'ouvrit au mois de juillet. Sulpice Sévère, qui paraît avoir été le

mieux instruit, dit qu'il s'y trouva plus de quatre cents évêques,

dont quatre-vingts étaient Ariens. L'empereur voulait les défrayer

aux dépens du trésor; mais il n'y en eut que trois qui à raison de

leur indigence acceptèrent cette libéralité. Taurus préfet du prétoire

d'Italie eut ordre d'assister à l'assemblée, et de ne point permettre

aux prélats de se séparer, qu'ils ne fussent d'accord: on lui promit

le consulat, s'il procurait cette réunion, c'est-à-dire, s'il faisait

triompher l'arianisme dans l'église d'Occident. Après de longues

contestations le concile confirma la foi de Nicée, condamna de nouveau

la doctrine d'Arius, et prononça la sentence de déposition contre

les prélats obstinés à défendre l'hérésie. On peut dire que là se

termina le vrai concile; la foi jusque-là ne reçut aucune atteinte; et

Saint-Athanase ne considère que cette première partie, quand il parle

avantageusement du concile de Rimini. Le reste ne fut que séduction

et violence. On envoie à l'empereur, selon ses ordres, dix députés

pour lui rendre compte; c'étaient de jeunes évêques sans expérience.

Les Ariens députent de leur côté des vieillards rusés et artificieux,

qui préviennent Constance, fatiguent, intimident, enfin séduisent les

envoyés catholiques, jusqu'à les engager à trahir le concile, et à

signer le contraire de ses décisions. Ils retournent et sont d'abord

mal reçus. Mais Taurus met tout en œuvre pour ébranler les évêques

qu'on retenait malgré eux à Rimini. Les intrigues, les menaces, les

incommodités d'une longue absence firent enfin succomber les plus

fermes, ou, pour parler plus juste, ils se laissèrent surprendre par

les sollicitations et les larmes même de Taurus, et par les artifices

de Valens. Ils signèrent une profession de foi équivoque, dont ils

n'apercevaient pas le venin, mais qui recelait le pur arianisme.

Bientôt les Ariens lèvent le masque, et, selon l'expression de saint

Jérôme, le monde chrétien gémit de cette surprise, et s'étonna de se

voir devenu Arien. Les évêques de retour dans leurs diocèses ouvrent

les yeux, et désavouent avec horreur les décrets de Rimini. Ils se

joignent au pape Libérius et à ceux qui n'avaient point eu de part

à cette faute. Ce fut la source d'une persécution nouvelle, pendant

laquelle saint Gaudence, évêque de Rimini, fut tué à coups de pierre

et de bâtons par les soldats du président Marcianus. L'erreur trouva

encore moins d'obstacle à Séleucie. Le concile y commença le 27 de

septembre. De cent soixante évêques il n'y eut que saint Hilaire,

alors relégué en Phrygie, et douze ou treize évêques d'Égypte qui

soutinrent la consubstantialité. Le questeur Léonas et Lauricius,

général des troupes d'Isaurie, assistaient aux séances. Le concile

se divise: les purs Ariens font à part leur profession de foi; les

demi-Ariens s'en tiennent à celle du concile d'Antioche assemblé

en 341. Ils s'anathématisent mutuellement et se séparent sans rien

conclure. Les chefs des deux partis se rendent à Constantinople où

était alors l'empereur, qui faisait sa principale affaire des succès

de l'hérésie; et quoiqu'il dût entrer au premier jour de janvier dans

son dixième consulat, cérémonie brillante et qui demandait de grands

préparatifs, il passa le dernier de décembre et presque toute la nuit

suivante à faire signer aux députés de Séleucie et aux autres évêques

la formule de Rimini. On tient à Constantinople un nouveau concile, où

les Anoméens remportent tout l'avantage. Macédonius, Basile d'Ancyre

et les autres évêques demi-Ariens sont déposés. Eudoxe passe du siége

d'Antioche à celui de Constantinople, et prêche publiquement des

blasphèmes dans la cérémonie de la dédicace de Sainte-Sophie, le 15

de février de l'an 360. La profession de Rimini se répand par tout

l'empire et fait d'horribles ravages: on exile ceux qui refusent d'y

souscrire. Au milieu de ce désastre, saint Hilaire obtient par une

providence particulière de Dieu la permission de retourner en Gaule:

il y arrive pour soutenir la foi ébranlée jusque dans ses fondements.

Par une bizarre inconséquence, suite ordinaire de l'erreur, Constance

exile Aëtius, chef des Anoméens, et consent à faire évêque de Cyzique

Eunomius, le plus dangereux de ses disciples; mais peu après il est

obligé de forcer Eudoxe à le déposer. Eudoxe ayant été transféré à

Constantinople, Constance assemble un concile dans la ville d'Antioche

pour l'élection d'un évêque. Après bien des brigues et des cabales,

les Ariens jettent les yeux sur Mélétius déja évêque de Sébaste, qu'ils

croient dans leur parti. Plusieurs catholiques consentent à ce choix,

et le décret d'élection est déposé entre les mains d'Eusèbe évêque de

Samosate. L'événement fit voir que les catholiques avaient le mieux

connu le nouvel évêque. A peine est-il élu, qu'il se déclare hautement

pour la foi de la consubstantialité. Constance irrité l'exile un mois

après à Mélitène dans la petite Arménie, et à la sollicitation des

Ariens, il envoie à Samosate redemander à Eusèbe l'acte d'élection.

Ce généreux prélat refuse de le remettre, à moins que tous ceux qui

lui ont confié ce dépôt ne soient assemblés. L'empereur l'envoie

sommer une seconde fois, et lui mande qu'en cas de refus il a ordonné

qu'on lui coupât la main droite. Eusèbe, après la lecture de cette

lettre, présente les deux mains: _Coupez-les toutes deux_, dit-il,

_mais je ne remettrai jamais à l'empereur un acte dont un concile m'a

rendu dépositaire_. Ce n'était qu'une feinte de la part de Constance:

l'envoyé avait ordre de ne pas exécuter cette menace; et l'empereur ne

put s'empêcher d'admirer la fermeté du prélat. Mais il ne s'adoucit

point en faveur de Mélétius; il fit nommer en sa place Euzoïus, qui

dès l'origine de l'hérésie avait partagé les erreurs et les anathèmes

d'Arius. De ce moment il y eut trois partis dans l'église d'Antioche:

les Ariens qui reconnaissaient Euzoïus; les Mélétiens, ceux-ci étaient

catholiques et unis de communion avec Mélétius; les Eustathiens, on

appelait ainsi les orthodoxes, qui, n'ayant reconnu aucun évêque

depuis l'injuste déposition d'Eustathius, restèrent séparés de

Mélétius, parce qu'ils ne pouvaient se résoudre à recevoir un évêque

de la main des hérétiques. Les prélats Ariens assemblés à Antioche

dressèrent encore un nouveau formulaire, où la doctrine des Anoméens

se manifestait sans aucun déguisement; mais les cris qui s'élevèrent

contre eux, les forcèrent d'en revenir à la formule de Rimini. C'est

ainsi que les flots de l'hérésie, tantôt s'élançant avec audace, tantôt

se repliant sur eux-mêmes, emportaient l'empereur, qui, jusqu'à la

fin de sa vie, poussé d'erreur en erreur, fut sans cesse le jouet des

différentes cabales, soit dans l'église, soit dans sa cour.

[Note latérale: LXX. Gouvernement équitable de Julien.

Amm. l. 18, c. 1.

Liban. or. 10, t. 2, p. 281.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 221 / 331 题