L'opiniâtre résistance de cette ville infortunée causa sa ruine,
mais elle sauva la Syrie. Tandis que les Perses menaçaient l'Orient,
Constance ne songeait qu'à défendre l'arianisme. Il eut pour le
malheur de la religion plus de succès que Sapor, et il fit cette année
à l'église des plaies plus profondes, que les Perses n'en purent
faire à l'empire. Il était revenu à Sirmium après la destruction des
Limigantes; il y assista à une assemblée de huit évêques; c'était le
préliminaire des deux conciles indiqués pour cette année. La doctrine
des demi-Ariens, qui dominait alors à la cour, y fut confirmée par
un nouveau formulaire. Pendant ce temps-là les évêques d'Occident se
rendaient à Rimini, et ceux d'Orient à Séleucie. Le concile de Rimini
s'ouvrit au mois de juillet. Sulpice Sévère, qui paraît avoir été le
mieux instruit, dit qu'il s'y trouva plus de quatre cents évêques,
dont quatre-vingts étaient Ariens. L'empereur voulait les défrayer
aux dépens du trésor; mais il n'y en eut que trois qui à raison de
leur indigence acceptèrent cette libéralité. Taurus préfet du prétoire
d'Italie eut ordre d'assister à l'assemblée, et de ne point permettre
aux prélats de se séparer, qu'ils ne fussent d'accord: on lui promit
le consulat, s'il procurait cette réunion, c'est-à-dire, s'il faisait
triompher l'arianisme dans l'église d'Occident. Après de longues
contestations le concile confirma la foi de Nicée, condamna de nouveau
la doctrine d'Arius, et prononça la sentence de déposition contre
les prélats obstinés à défendre l'hérésie. On peut dire que là se
termina le vrai concile; la foi jusque-là ne reçut aucune atteinte; et
Saint-Athanase ne considère que cette première partie, quand il parle
avantageusement du concile de Rimini. Le reste ne fut que séduction
et violence. On envoie à l'empereur, selon ses ordres, dix députés
pour lui rendre compte; c'étaient de jeunes évêques sans expérience.
Les Ariens députent de leur côté des vieillards rusés et artificieux,
qui préviennent Constance, fatiguent, intimident, enfin séduisent les
envoyés catholiques, jusqu'à les engager à trahir le concile, et à
signer le contraire de ses décisions. Ils retournent et sont d'abord
mal reçus. Mais Taurus met tout en œuvre pour ébranler les évêques
qu'on retenait malgré eux à Rimini. Les intrigues, les menaces, les
incommodités d'une longue absence firent enfin succomber les plus
fermes, ou, pour parler plus juste, ils se laissèrent surprendre par
les sollicitations et les larmes même de Taurus, et par les artifices
de Valens. Ils signèrent une profession de foi équivoque, dont ils
n'apercevaient pas le venin, mais qui recelait le pur arianisme.
Bientôt les Ariens lèvent le masque, et, selon l'expression de saint
Jérôme, le monde chrétien gémit de cette surprise, et s'étonna de se
voir devenu Arien. Les évêques de retour dans leurs diocèses ouvrent
les yeux, et désavouent avec horreur les décrets de Rimini. Ils se
joignent au pape Libérius et à ceux qui n'avaient point eu de part
à cette faute. Ce fut la source d'une persécution nouvelle, pendant
laquelle saint Gaudence, évêque de Rimini, fut tué à coups de pierre
et de bâtons par les soldats du président Marcianus. L'erreur trouva
encore moins d'obstacle à Séleucie. Le concile y commença le 27 de
septembre. De cent soixante évêques il n'y eut que saint Hilaire,
alors relégué en Phrygie, et douze ou treize évêques d'Égypte qui
soutinrent la consubstantialité. Le questeur Léonas et Lauricius,
général des troupes d'Isaurie, assistaient aux séances. Le concile
se divise: les purs Ariens font à part leur profession de foi; les
demi-Ariens s'en tiennent à celle du concile d'Antioche assemblé
en 341. Ils s'anathématisent mutuellement et se séparent sans rien
conclure. Les chefs des deux partis se rendent à Constantinople où
était alors l'empereur, qui faisait sa principale affaire des succès
de l'hérésie; et quoiqu'il dût entrer au premier jour de janvier dans
son dixième consulat, cérémonie brillante et qui demandait de grands
préparatifs, il passa le dernier de décembre et presque toute la nuit
suivante à faire signer aux députés de Séleucie et aux autres évêques
la formule de Rimini. On tient à Constantinople un nouveau concile, où
les Anoméens remportent tout l'avantage. Macédonius, Basile d'Ancyre
et les autres évêques demi-Ariens sont déposés. Eudoxe passe du siége
d'Antioche à celui de Constantinople, et prêche publiquement des
blasphèmes dans la cérémonie de la dédicace de Sainte-Sophie, le 15
de février de l'an 360. La profession de Rimini se répand par tout
l'empire et fait d'horribles ravages: on exile ceux qui refusent d'y
souscrire. Au milieu de ce désastre, saint Hilaire obtient par une
providence particulière de Dieu la permission de retourner en Gaule:
il y arrive pour soutenir la foi ébranlée jusque dans ses fondements.
Par une bizarre inconséquence, suite ordinaire de l'erreur, Constance
exile Aëtius, chef des Anoméens, et consent à faire évêque de Cyzique
Eunomius, le plus dangereux de ses disciples; mais peu après il est
obligé de forcer Eudoxe à le déposer. Eudoxe ayant été transféré à
Constantinople, Constance assemble un concile dans la ville d'Antioche
pour l'élection d'un évêque. Après bien des brigues et des cabales,
les Ariens jettent les yeux sur Mélétius déja évêque de Sébaste, qu'ils
croient dans leur parti. Plusieurs catholiques consentent à ce choix,
et le décret d'élection est déposé entre les mains d'Eusèbe évêque de
Samosate. L'événement fit voir que les catholiques avaient le mieux
connu le nouvel évêque. A peine est-il élu, qu'il se déclare hautement
pour la foi de la consubstantialité. Constance irrité l'exile un mois
après à Mélitène dans la petite Arménie, et à la sollicitation des
Ariens, il envoie à Samosate redemander à Eusèbe l'acte d'élection.
Ce généreux prélat refuse de le remettre, à moins que tous ceux qui
lui ont confié ce dépôt ne soient assemblés. L'empereur l'envoie
sommer une seconde fois, et lui mande qu'en cas de refus il a ordonné
qu'on lui coupât la main droite. Eusèbe, après la lecture de cette
lettre, présente les deux mains: _Coupez-les toutes deux_, dit-il,
_mais je ne remettrai jamais à l'empereur un acte dont un concile m'a
rendu dépositaire_. Ce n'était qu'une feinte de la part de Constance:
l'envoyé avait ordre de ne pas exécuter cette menace; et l'empereur ne
put s'empêcher d'admirer la fermeté du prélat. Mais il ne s'adoucit
point en faveur de Mélétius; il fit nommer en sa place Euzoïus, qui
dès l'origine de l'hérésie avait partagé les erreurs et les anathèmes
d'Arius. De ce moment il y eut trois partis dans l'église d'Antioche:
les Ariens qui reconnaissaient Euzoïus; les Mélétiens, ceux-ci étaient
catholiques et unis de communion avec Mélétius; les Eustathiens, on
appelait ainsi les orthodoxes, qui, n'ayant reconnu aucun évêque
depuis l'injuste déposition d'Eustathius, restèrent séparés de
Mélétius, parce qu'ils ne pouvaient se résoudre à recevoir un évêque
de la main des hérétiques. Les prélats Ariens assemblés à Antioche
dressèrent encore un nouveau formulaire, où la doctrine des Anoméens
se manifestait sans aucun déguisement; mais les cris qui s'élevèrent
contre eux, les forcèrent d'en revenir à la formule de Rimini. C'est
ainsi que les flots de l'hérésie, tantôt s'élançant avec audace, tantôt
se repliant sur eux-mêmes, emportaient l'empereur, qui, jusqu'à la
fin de sa vie, poussé d'erreur en erreur, fut sans cesse le jouet des
différentes cabales, soit dans l'église, soit dans sa cour.
[Note latérale: LXX. Gouvernement équitable de Julien.
Amm. l. 18, c. 1.
Liban. or. 10, t. 2, p. 281.