Voyant toutes ses machines détruites et brûlées, et n'espérant plus
rien des moyens qu'il avait mis en œuvre jusqu'alors, il fit élever
tout près des murs de larges terrasses qui les égalaient en hauteur.
Ce travail coûta plusieurs jours, pendant lesquels les habitants en
élevèrent de leur côté en-deçà des murs. Sur ces plate-formes on
combattait presque à coup de main comme sur un champ de bataille.
L'acharnement et le mépris de la mort étaient égaux de part et d'autre.
Enfin le moment fatal de la perte d'Amid arriva: la terrasse de la
ville, trop chargée de combattants, s'éboula tout à coup comme si elle
eût été ébranlée par un tremblement de terre; et comme elle surpassait
la muraille en hauteur, la terre s'étant renversée du côté de l'ennemi,
elle combla le peu d'intervalle qui restait entre les murs et la
terrasse des Perses, et ouvrit à ceux-ci un large chemin. On accourt
à la défense; mais la foule et l'empressement même embarrassent les
défenseurs. Les corps qui tombent de part et d'autre s'amoncèlent
et favorisent le passage. Toute l'infanterie des Perses, que Sapor
faisait monter à la file, se précipite dans la ville comme un torrent.
On passe tout au fil de l'épée sans distinction d'âge ni de sexe. Peu
échappèrent au massacre, entre lesquels fut Ammien Marcellin, qui,
après diverses aventures, ayant traversé avec grand péril des plaines
couvertes de fuyards et d'ennemis, gagna enfin l'Euphrate par les
forêts et les montagnes. Il passa à Mélitène, où il retrouva Ursicin,
et il retourna avec lui à Antioche.
[Note latérale: LXVIII.
Suites de la prise d'Amid.