Cette attaque inopinée irrita les Barbares: ils résolurent de périr
devant Amid, plutôt que de laisser subsister une ville qui leur coûtait
déja le plus pur sang de la Perse. Les assauts ayant été inutiles,
ils mirent toute leur confiance dans les machines. Ils se hâtent d'en
construire de toute espèce: ils multiplient les tours revêtues de fer
et chargées de balistes. Au point du jour, couverts de toutes leurs
armes défensives, bien serrés et en bon ordre, ils avancent à petits
pas. Mais, dès qu'ils furent à la portée des machines, toutes leurs
défenses deviennent inutiles contre les javelots, dont presque aucun
ne manquait son coup. L'infanterie est obligée d'éclaircir ses rangs,
et la cavalerie de reculer. Cependant les balistes des assiégeants qui
tiraient du haut des tours plus élevées que les murailles, faisaient
dans la ville une terrible exécution; et la nuit étant venue, les
habitants songèrent aux moyens de s'en garantir. On transporta en
diligence et l'on mit en batterie vis-à-vis de ces tours quatre
machines nommées scorpions, propres à lancer de grosses pierres. Au
matin, les Perses avancent avec les éléphants, dont les cris mêlés
à ceux des soldats formaient un effrayant concert. Les traits qui
s'élèvent de la plaine ou qui tombent des tours abattent ou blessent
tous ceux qui paraissent sur la muraille. Mais bientôt les masses
énormes de pierres lancées des quatre machines brisent les tours,
démontent et mettent en pièces les balistes, écrasent ou précipitent
les tireurs. On fait pleuvoir sur les éléphants des flèches enflammées.
Ces animaux effarouchés retournent sur les Perses, et les foulent aux
pieds sans que leurs guides puissent les retenir. On met le feu à tous
les ouvrages des assiégeants. Jamais les rois de Perse ne s'exposaient
dans les combats: mais Sapor, désespéré de tous ces désastres, accourt
en personne au milieu des combattants; on tire de toutes parts sur lui
et sur sa garde; il voit tomber à ses côtés un grand nombre de ses
officiers; mais toujours intrépide, bravant mille fois la mort, il ne
se retire qu'à la fin du jour, et pour donner quelque relâche à ses
troupes fatiguées de tant d'attaques.
[Note latérale: LXVII.
Prise d'Amid.