Amm. l. 19, c. 5 et 6.]

Le lendemain matin on aperçut du haut des murs un nombre infini de

prisonniers qu'on traînait au camp des Perses. Les partis ennemis

avaient depuis quelques jours pris et brûlé plusieurs châteaux; entre

autres celui de Ziata[245], très-considérable par sa force et par son

étendue, dont les fortifications embrassaient douze cent cinquante

pas de circuit[246]. Ils emmenaient beaucoup d'habitants; et comme

il se trouvait parmi eux grand nombre de vieillards et de femmes qui

ne pouvaient suivre, ces Barbares les abandonnaient dans le chemin

après leur avoir coupé les jarrets. Ce spectacle tirait des larmes

aux habitants. Personne n'y fut plus sensible que les soldats de la

Gaule. Ces guerriers braves et alertes, fort propres à se battre en

plaine, mais peu entendus dans les travaux d'un siége, gémissaient

de ne trouver aucune occasion de signaler leur courage. S'ennuyant

de cette inaction, ils sortaient étourdiment pour faire un coup de

main, et revenaient toujours avec perte; enfin retenus par force, ils

frémissaient d'impatience. Leur ardeur s'enflamma à la vue de ces

malheureux prisonniers. Ils demandent à grands cris qu'on leur ouvre

les portes; ils menacent même leurs officiers de les égorger, s'ils

les tiennent plus long-temps dans cette contrainte; et tels que des

bêtes féroces qui s'élancent avec fureur contre leurs barrières, ils

hachent les portes à coups de sabre. On eut peine à gagner sur eux

qu'ils attendissent la nuit pour aller, avec moins de péril, attaquer

les postes les plus proches. Dès qu'elle fut venue, les Gaulois,

armés de leurs haches et de leurs épées, sortent par une poterne, et

s'approchent sans bruit de la première garde: ils lui marchent sur le

ventre, massacrent la seconde garde qu'ils trouvent endormie, et vont

droit au camp dans le dessein de pénétrer, s'ils peuvent, jusqu'à la

tente de Sapor, et de le tuer au milieu de cent mille hommes. Les cris

des premiers qu'ils égorgent donnent l'alarme à tout le reste. En un

moment ils ont sur les bras des bataillons entiers: ils font ferme

d'abord avec une audace incroyable, et reçoivent à grands coups d'épée

ceux qui osent les approcher. Mais bientôt accablés de traits, et trop

faibles pour tenir tête à des flots de cavaliers et de fantassins qui

grossissent sans cesse et qui viennent fondre sur eux, ils reculent,

mais à petit pas et sans tourner le dos. On sonne la retraite dans la

ville, dont on ouvre les portes pour les recevoir; on fait jouer les

machines, mais sans les charger, pour faire peur aux ennemis et ne pas

risquer de tuer ces braves gens. Après avoir perdu quatre cents des

leurs, ils rentrent avant le jour, presque tous blessés, quelques-uns

mortellement. Constance, pour conserver la mémoire d'une action si

hardie, fit dresser dans la place publique d'Édesse les statues de

leurs capitaines[247] revêtus de leurs armes. Le jour étant venu,

découvrit aux Perses la perte qu'ils avaient faite. Il se trouva entre

les morts plusieurs satrapes et quelques-uns des principaux seigneurs.

Tout le camp retentissait de cris. Les attaques furent suspendues

pendant trois jours, dont les assiégés profitèrent pour se remettre de

leurs fatigues.

[Note 245: Ce château, dont la position est inconnue, pourrait être

une ville forte de la Sophène, nommée par les Arméniens _Kharpert_, et

appelée par les Syriens et les Arabes _Hisn-Ziad_, c'est-à-dire, _le

château de Ziad_. Voyez mes _Mémoires historiques et géographiques sur

l'Arménie_, t. 1, p. 95 et 96.--S.-M.]

[Note 246: On plutôt _dix stades_ (_spatio decem stadiorum

ambitur_), dit Ammien Marcellin, l. 19, c. 6. Comme nous ignorons de

quels stades il s'agit, nous ignorons aussi quelle pouvait être au

juste l'étendue de cette place.--S.-M.]

[Note 247: _Horum campiductoribus..... armatas statuas apud

Edessam..... locari jusserat imperator_, dit Ammien Marcellin, l. 19,

c. 6.--S.-M.]

[Note latérale: LXVI. Vigoureuse résistance.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 217 / 331 题