Amm. l. 19, c. 4 et 5.]

L'infection des cadavres qui demeuraient sans sépulture, les excessives

chaleurs, la confusion de tant d'habitants resserrés dans un espace

étroit, et les maladies causées par les fatigues et les autres

incommodités, causèrent la peste dans la ville. Elle n'y fit pas

cependant beaucoup de ravage. Des pluies douces qui tombèrent la nuit

d'après le dixième jour, rendirent l'air plus pur et ramenèrent la

santé. La fureur de l'ennemi était beaucoup plus opiniâtre: il dressait

des mantelets, il élevait des terrasses, il construisait des tours dont

la face était couverte de lames de fer; les balistes placées sur ces

tours nettoyaient les murs, tandis que les frondeurs et les archers ne

cessaient de lancer d'en bas une grêle de traits et de pierres. Au midi

de la ville, du côté du Tigre, s'élevait une haute tour, avancée sur

l'angle de la muraille, et posée sur des roches escarpées. Un escalier

souterrain pratiqué dans le roc, ainsi qu'il était d'usage dans toutes

les places situées près du Tigre et de l'Euphrate, conduisait jusqu'au

bord du fleuve, pour y aller puiser de l'eau à l'abri de l'ennemi.

Comme cette tour n'était point gardée, parce qu'on la croyait assez

défendue par sa situation, soixante et dix sagittaires de l'armée

des Perses[244], des plus hardis et des plus adroits, guidés par un

déserteur, se glissent pendant la nuit dans le souterrain, et étant

montés jusqu'au troisième étage, ils y attendent le jour. Alors ayant

élevé en l'air une casaque rouge, comme ils en étaient convenus, tandis

que toute l'armée s'approche des murs et les attaque plus vivement

que jamais, ils ne cessent de lancer leurs traits dans la ville, et

tous leurs coups sont meurtriers. En même temps les Perses montent à

l'escalade, et gagnent déja le haut des murs. Dans ce double péril,

les assiégés partagent la défense: ils pointent contre la tour cinq

balistes, d'où partent de gros javelots, qui traversent souvent deux

ennemis à la fois: les uns tombent percés de coups, les autres d'effroi

se précipitent du haut de la tour et se brisent sur les rochers; on se

bat sur la muraille, on renverse les assiégeants et les échelles; les

Perses couverts de blessures, après une grande perte, sont forcés de

regagner leurs tentes. On se reposa de part et d'autre le reste du jour

et la nuit suivante.

[Note 244: De la troupe royale, _ex agmine regio_, dit Ammien

Marcellin.--S.-M.]

[Note latérale: LXV. Bravoure des soldats Gaulois.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 216 / 331 题