L'infection des cadavres qui demeuraient sans sépulture, les excessives
chaleurs, la confusion de tant d'habitants resserrés dans un espace
étroit, et les maladies causées par les fatigues et les autres
incommodités, causèrent la peste dans la ville. Elle n'y fit pas
cependant beaucoup de ravage. Des pluies douces qui tombèrent la nuit
d'après le dixième jour, rendirent l'air plus pur et ramenèrent la
santé. La fureur de l'ennemi était beaucoup plus opiniâtre: il dressait
des mantelets, il élevait des terrasses, il construisait des tours dont
la face était couverte de lames de fer; les balistes placées sur ces
tours nettoyaient les murs, tandis que les frondeurs et les archers ne
cessaient de lancer d'en bas une grêle de traits et de pierres. Au midi
de la ville, du côté du Tigre, s'élevait une haute tour, avancée sur
l'angle de la muraille, et posée sur des roches escarpées. Un escalier
souterrain pratiqué dans le roc, ainsi qu'il était d'usage dans toutes
les places situées près du Tigre et de l'Euphrate, conduisait jusqu'au
bord du fleuve, pour y aller puiser de l'eau à l'abri de l'ennemi.
Comme cette tour n'était point gardée, parce qu'on la croyait assez
défendue par sa situation, soixante et dix sagittaires de l'armée
des Perses[244], des plus hardis et des plus adroits, guidés par un
déserteur, se glissent pendant la nuit dans le souterrain, et étant
montés jusqu'au troisième étage, ils y attendent le jour. Alors ayant
élevé en l'air une casaque rouge, comme ils en étaient convenus, tandis
que toute l'armée s'approche des murs et les attaque plus vivement
que jamais, ils ne cessent de lancer leurs traits dans la ville, et
tous leurs coups sont meurtriers. En même temps les Perses montent à
l'escalade, et gagnent déja le haut des murs. Dans ce double péril,
les assiégés partagent la défense: ils pointent contre la tour cinq
balistes, d'où partent de gros javelots, qui traversent souvent deux
ennemis à la fois: les uns tombent percés de coups, les autres d'effroi
se précipitent du haut de la tour et se brisent sur les rochers; on se
bat sur la muraille, on renverse les assiégeants et les échelles; les
Perses couverts de blessures, après une grande perte, sont forcés de
regagner leurs tentes. On se reposa de part et d'autre le reste du jour
et la nuit suivante.
[Note 244: De la troupe royale, _ex agmine regio_, dit Ammien
Marcellin.--S.-M.]
[Note latérale: LXV. Bravoure des soldats Gaulois.