Sapor, en partant de Bébase, avait pris sur la droite du côté
d'Amid[235]. Ayant rencontré sur sa route deux châteaux nommés Reman
et Busan, qui appartenaient aux Romains, il apprit par les transfuges,
qu'on y avait retiré toutes les richesses du pays, et que la femme de
Craugasius, citoyen de Nisibe, distingué par sa naissance et par son
crédit, célèbre elle-même par sa beauté, s'y était retirée avec sa
fille en bas âge et ce qu'elle avait de plus précieux. Sapor marche à
ces châteaux: les habitants prennent aussitôt l'épouvante et donnent
entrée aux Perses. On apporte aux pieds du roi tous les trésors; on
amène devant lui les mères éplorées, serrant entre leurs bras et
arrosant de leurs larmes leurs petits enfants. Le roi se fait montrer
la femme de Craugasius, et lui ordonne d'approcher. Elle vient toute
tremblante et ne s'attendant qu'aux derniers outrages, enveloppée d'un
voile de deuil, dont son visage même était couvert. Sapor qui avait le
cœur assez grand pour être maître de lui-même, sans vouloir alarmer la
modestie de cette femme par une curiosité importune, ne s'occupe qu'à
calmer sa douleur. Il la rassure, il lui fait espérer d'être bientôt
rendue à son mari; il lui promet que son honneur ne souffrira aucune
atteinte. Il savait que Craugasius l'aimait éperdûment; et il espérait
acheter à ce prix la ville de Nisibe. Sapor voulut même en cette
rencontre regagner les cœurs, en effaçant par sa clémence les horreurs
de sa cruauté passée: il voulut bien garder de la brutalité du soldat
des filles chrétiennes, qui avaient consacré à Dieu leur virginité, et
défendit de les troubler dans le culte de leur religion.
[Note 235: Il passa par _Horre_, _Meiacarire_ et _Charcha_.
Cette dernière se retrouve dans la Notice de l'empire et dans
Simocatta.--S.-M.]
[Note latérale: LXI. Sapor arrive devant Amid.