Amid était forte par son assiette, par ses murailles, et bien pourvue
de défenseurs. La cinquième légion, nommée Parthique, était attachée
à la garde de cette place[232]. A l'approche des Perses six autres
légions s'y étaient rendues en diligence: c'étaient entre autres les
soldats restés de l'armée de Magnence[233]. L'empereur, se défiant de
la fidélité de ces troupes, les avait envoyées en Orient, où l'on ne
craignait de guerre que de la part des étrangers. Mais ces légions,
comme nous l'avons déja dit, ne ressemblaient que de nom aux anciennes;
ce n'étaient, à proprement parler, que des cohortes. Il y avait
encore vingt mille autres soldats, en comptant plusieurs escadrons de
sagittaires[234], la plupart Barbares; bien armés et pleins de courage.
[Note 232: En outre, selon Ammien Marcellin, il y avait encore un
détachement de troupes nationales, _indigenarum turma_; et c'étaient
de bonnes troupes, _non contemnenda_. L'historien arménien Faustus
de Byzance, qui écrivait moins de trente ans après le siége d'Amid,
parle toujours (Voyez t. 1, p. 433, note 1) de cette place comme d'une
dépendance de l'Arménie; il la met dans la province d'Aghdsnik'h,
et sous le commandement du _Pétéaschkh_, ou gouverneur militaire de
l'Arménie méridionale. Moïse de Khoren a toujours soin de l'appeler
_notre ville_. Il rapporte aussi (l. 3, c. 26) qu'Antiochus, prince de
Siounie, beau-père du roi Arsace, en était gouverneur, quand elle fut
assiégée par Sapor. Après la prise de la ville, tous les guerriers de
la race des Siouniens, furent renvoyés libres par le roi.--S.-M.]
[Note 233: On leur donnait les noms de _Magnentiaci_ et de
_Decentiaci_, sans doute à cause de Magnence et de son frère Decentius.
Les autres légions étaient la trentième, qui portait le nom d'_Ulpia_,
la dixième, surnommée _Fortensis_, enfin les _Superventores_ et les
_Præventores_, dont il a déja été parlé l. VI, § 49, t. 1, p. 451. Ils
étaient commandés par le comte Élien, qui avait si vaillamment défendu
Singara contre les Perses.--S.-M.]
[Note 234: Il y en avait un grand nombre, _aderat... quoque
sagittariorum pars major_. Ces archers à cheval portaient le nom de
Comtes, parce qu'ils se composaient de Barbares de condition libre,
distingués par leur courage et leur adresse. _Comitum....... equestres
videlicet turmæ ita cognominatæ, tibi merent omnes ingenui Barbari,
armorum viriumque inter alios eminentes._--S.-M.]
[Note latérale: LX. Clémence de Sapor.