Cell. geog. ant. t. 2, p. 656.]

Ces princes ayant passé au-delà de Ninive, grande ville de l'Adiabène,

s'arrêtèrent au milieu d'un pont sur le fleuve Anzabas qui se décharge

dans le Tigre. Ce fleuve est celui qui portait chez les Grecs le nom de

_Capros_[222]. Ils y firent un sacrifice et consultèrent les entrailles

de la victime. Ammien jugea qu'il fallait au moins trois jours à une

armée aussi nombreuse pour passer le fleuve, et il retourna porter

ces nouvelles à Ursicin. On dépêche aussitôt des courriers à Cassius

et à Euphronius gouverneur de la province[223]. Ceux-ci obligent les

paysans de se retirer dans les places fortes avec leurs familles et

leurs troupeaux; ils font évacuer la ville de Carrhes, qui n'était

pas en état de soutenir un siége; et pour ôter la subsistance aux

ennemis, ils mettent le feu aux campagnes et consument les moissons et

les fourrages; en sorte qu'il ne resta rien sur terre entre le Tigre

et l'Euphrate. Cet incendie fit périr quantité de bêtes féroces, et

surtout de lions, qui sont très-cruels dans ces contrées, et qui

s'y multiplieraient jusqu'à les rendre inhabitables, si la nature

elle-même ne prenait soin de les détruire. Les ardeurs excessives

de l'été produisent des essaims innombrables de moucherons, qui,

s'attaquant aux yeux des lions, les mettent dans une telle fureur, que

ces animaux vont se précipiter dans les fleuves, ou s'arrachent les

yeux avec leurs griffes. En même temps on travaillait avec ardeur à

fortifier les rives de l'Euphrate du côté de la Syrie; on y élevait des

redoutes; on plantait des palissades; on établissait des batteries de

catapultes et de balistes[224]. Dans ce mouvement général, Sabinianus,

tranquille à Édesse[225], regrettant les théâtres où il avait passé sa

vie, s'amusait à faire exécuter par ses soldats des danses militaires

au son des trompettes et des clairons. Ursicin, quoique sans emploi,

prenait sur lui tout le soin de la province, et tout le fardeau du

commandement: la nécessité jointe à sa haute réputation lui rendait

l'autorité que la cabale lui avait ôtée.

[Note 222: Ce fleuve, appelé actuellement le grand Zab, descend

des montagnes des Curdes, et se jette dans le Tigre un peu au-dessous

de Mousoul. J'aurai occasion d'en reparler dans la suite de cette

histoire.--S.-M.]

[Note 223: _Rectorem provinciæ._--S.-M.]

[Note 224: _Tribuni cum Protectoribus missi, citeriores ripas

Euphratis castellis, et præacutis sudibus, omnique præsidiorum genere

communibant, tormenta, quà non erat voraginosum, locis opportunis

aptantes._ (Amm. Marc. l. 18, c. 7.)--S.-M.]

[Note 225: Selon Ammien Marcellin c'était au milieu des tombeaux

d'Édesse qu'il passait son temps, _per Edessena sepulcra_.--S.-M.]

[Note latérale: LVII. Les Perses en Mésopotamie.

Amm. l. 18, c. 7.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 209 / 331 题