Cellar. geog. antiq. t. 1, p. 448.]

L'empereur, bien assuré de trouver des subsistances, marche en grand

appareil vers la Valérie, dès les premiers jours du printemps. Il

arrive au bord du Danube, lorsque les Barbares se disposaient à le

passer sur les glaces qui n'étaient pas encore fondues. Pour ne pas

laisser languir ses troupes, qui souffraient beaucoup des rigueurs

du froid, il envoie aussitôt demander aux Limigantes, pourquoi ils

franchissaient les limites marquées par un traité solennel. Les

Barbares s'excusent sur de vains prétextes, et demandent humblement

la permission de passer le fleuve, pour expliquer à l'empereur les

incommodités de leur nouvelle habitation; ils protestent qu'ils sont

prêts, s'il y consent, à se transporter partout ailleurs, pourvu que

ce soit dans l'intérieur de l'empire; et qu'il n'aura point de sujets

plus obéissants ni plus tranquilles. L'empereur, ravi de terminer sans

coup férir une expédition qui paraissait difficile et périlleuse, leur

accorde le passage: il croyait gagner beaucoup en les établissant dans

l'empire: c'était, lui disaient ses flatteurs aussi mauvais politiques

que bons courtisans, une pépinière de braves soldats, qui rempliraient

ses armées, tandis que les provinces donneraient volontiers de

l'argent pour être dispensées de fournir des recrues. Constance, pour

recevoir les Barbares à leur passage, va camper près d'_Acimincum_,

qu'on croit être Salenkemen, presque vis-à-vis de l'embouchure de la

Théiss; et ayant fait élever une terrasse en forme de tribunal, il

détache quelques légionaires sous la conduite d'un ingénieur[199] nommé

Innocentius qui lui avait donné ce bon conseil, et les fait placer sur

les bords du Danube, avec ordre d'observer les mouvements des Barbares,

et de les prendre à dos en cas qu'ils voulussent faire quelque

violence, quand ils auraient passé le fleuve. La précaution ne fut pas

inutile. Les Limigantes, ayant traversé le fleuve, se tenaient d'abord

la tête baissée en posture de suppliants, et semblaient attendre les

ordres de l'empereur. Mais quand ils le virent qui s'apprêtait à les

haranguer sans défiance, un d'entre eux, comme saisi d'un accès de

fureur, ayant lancé sa chaussure contre le tribunal, se met à y courir

de toutes ses forces en criant, _Marha, marha_: c'était le cri de

guerre de la nation. Tous ses compatriotes élèvent en même-temps un

drapeau, poussent d'affreux hurlements, et le suivent en confusion.

Constance, du haut de la terrasse où il était assis, voyant accourir

cette multitude qui faisait briller à ses yeux les épées et les

javelots, descend à la hâte, quitte ses habits impériaux pour n'être

pas reconnu, et montant promptement à cheval se sauve à toute bride.

Ses gardes essaient de faire résistance et sont massacrés; le siége

impérial est pillé et mis en pièces. Constance avait eu l'imprudence

de laisser assembler les Barbares sur la rive, sans faire mettre ses

troupes sous les armes. Elles étaient encore dans le camp, lorsqu'elles

apprirent que l'empereur était en péril. Aussitôt les soldats accourent

à demi armés, et poussant un cri terrible, enflammés de colère et de

honte, ils se jettent tête baissée au travers de ces perfides ennemis:

ils égorgent tout ce qu'ils rencontrent; le détachement qui bordait

le Danube les charge par derrière; on les enveloppe, on les serre

de toutes parts: les vivants, les mourants et les morts ne formant

qu'un monceau tombent pêle-mêle les uns sur les autres. L'exécution

fut horrible; et l'on ne sonna la retraite qu'après le massacre du

dernier des Limigantes. Les Romains ne perdirent que ceux qui furent

surpris dans la première attaque. On regretta surtout Cella, tribun

de la garde, qui se jeta le premier dans le plus épais des bataillons

ennemis. Cette plaine fut le tombeau des Limigantes; il n'en est plus

parlé dans l'histoire, et cette nation fut détruite, comme elle s'était

formée, par sa propre perfidie.

[Note 199: _Agrimensor._--S.-M.]

[Note latérale: XLIX. Premier préfet de C. P.

Idat. chron.

Amm. l. 19, c. 11.

Chron. Hier.

Socr. l. 2, c. 41.

Soz. l. 4, c. 23.

Chron. Alex. vel Pasch. p. 293.

Cod. Th. l. 6, tit. 4, leg. 14, 15 et ibi Godef.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 204 / 331 题