Constance était encore à Sirmium, lorsqu'il apprit que les Limigantes,
quittant peu à peu le pays où il les avait transplantés, se
rapprochaient du Danube, et qu'ils commençaient déja à faire des
courses. Craignant que s'il ne les arrêtait dès le premier pas, ils
n'en devinssent plus hardis, il assemble ses meilleures troupes,
sans attendre l'été. Il comptait et sur l'ardeur de son armée encore
échauffée des succès de la campagne précédente, et sur la prévoyance
d'Anatolius, préfet d'Illyrie, qui, sans incommoder la province,
avait pendant l'hiver établi des magasins. Ce personnage mémorable
était de Béryte en Syrie. Après avoir étudié les lois dans sa patrie,
la plus célèbre école de jurisprudence qui fût en Orient, il vint
à Rome du temps de Constantin; et s'étant fait connaître à la cour
par ses talents, il fut gouverneur de Galatie, vicaire d'Afrique, et
parvint à la charge de préfet en Illyrie. Il resta dans les ténèbres
du paganisme; d'ailleurs c'était un homme à qui ses ennemis mêmes ne
pouvaient refuser des éloges. On admirait son amour pour la vérité
et pour la justice, l'élévation de son ame, sa noble franchise, son
application au travail, son éloquence, son désintéressement, la
tendresse et la fermeté de son cœur tellement assorties, qu'il ne
mesurait pas le mérite des autres par l'amitié qu'il avait pour eux,
mais qu'il réglait au contraire la mesure de son amitié sur celle du
mérite. On dit qu'en faisant ses adieux à l'empereur quand il partit
pour l'Illyrie, il lui dit: _Prince, désormais la dignité ne sauvera
plus les coupables: quiconque violera les lois, officier civil ou
militaire, en éprouvera la sévérité_. Ce n'était pas qu'il eût rien
de dur dans le caractère; il aimait mieux corriger que punir, et
jamais l'Illyrie ne fut plus florissante et plus heureuse que sous son
gouvernement. Il soulagea le pays ruiné par l'entretien des postes et
des voitures publiques, et par l'excès des tailles, tant réelles que
personnelles. Les habitants le pleurèrent après sa mort; mais ils le
regrettèrent bien davantage, quand on lui eut donné pour successeur
Florentius, auparavant préfet des Gaules. Ce financier intraitable,
armé de toutes les rigueurs du fisc, étant venu fondre sur eux comme un
vautour, plusieurs se pendirent de désespoir.
[Note latérale: XLVIII. Limigantes détruits.
Amm. l. 19, c. 11.