Liban. or. 9, t. 2, p. 214.]

Constance était encore à Sirmium, lorsqu'il apprit que les Limigantes,

quittant peu à peu le pays où il les avait transplantés, se

rapprochaient du Danube, et qu'ils commençaient déja à faire des

courses. Craignant que s'il ne les arrêtait dès le premier pas, ils

n'en devinssent plus hardis, il assemble ses meilleures troupes,

sans attendre l'été. Il comptait et sur l'ardeur de son armée encore

échauffée des succès de la campagne précédente, et sur la prévoyance

d'Anatolius, préfet d'Illyrie, qui, sans incommoder la province,

avait pendant l'hiver établi des magasins. Ce personnage mémorable

était de Béryte en Syrie. Après avoir étudié les lois dans sa patrie,

la plus célèbre école de jurisprudence qui fût en Orient, il vint

à Rome du temps de Constantin; et s'étant fait connaître à la cour

par ses talents, il fut gouverneur de Galatie, vicaire d'Afrique, et

parvint à la charge de préfet en Illyrie. Il resta dans les ténèbres

du paganisme; d'ailleurs c'était un homme à qui ses ennemis mêmes ne

pouvaient refuser des éloges. On admirait son amour pour la vérité

et pour la justice, l'élévation de son ame, sa noble franchise, son

application au travail, son éloquence, son désintéressement, la

tendresse et la fermeté de son cœur tellement assorties, qu'il ne

mesurait pas le mérite des autres par l'amitié qu'il avait pour eux,

mais qu'il réglait au contraire la mesure de son amitié sur celle du

mérite. On dit qu'en faisant ses adieux à l'empereur quand il partit

pour l'Illyrie, il lui dit: _Prince, désormais la dignité ne sauvera

plus les coupables: quiconque violera les lois, officier civil ou

militaire, en éprouvera la sévérité_. Ce n'était pas qu'il eût rien

de dur dans le caractère; il aimait mieux corriger que punir, et

jamais l'Illyrie ne fut plus florissante et plus heureuse que sous son

gouvernement. Il soulagea le pays ruiné par l'entretien des postes et

des voitures publiques, et par l'excès des tailles, tant réelles que

personnelles. Les habitants le pleurèrent après sa mort; mais ils le

regrettèrent bien davantage, quand on lui eut donné pour successeur

Florentius, auparavant préfet des Gaules. Ce financier intraitable,

armé de toutes les rigueurs du fisc, étant venu fondre sur eux comme un

vautour, plusieurs se pendirent de désespoir.

[Note latérale: XLVIII. Limigantes détruits.

Amm. l. 19, c. 11.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 203 / 331 题