Il s'éleva cette année dans la ville de Rome de violentes séditions.
La flotte de Carthage qui apportait le blé de l'Afrique, battue de la
tempête, ne pouvait aborder à Ostie; et le peuple, qui craignait la
famine, rendait les magistrats responsables du caprice des vents. Le
préfet Junius-Bassus était mort[198] peu de temps après qu'il fut entré
en charge; il venait de se convertir au christianisme. La sédition
éclata sous Artémius, vicaire de Rome, qui succéda à ses fonctions.
Mais elle devint plus furieuse lorsque Tertullus eut été nommé préfet.
Ce magistrat, après avoir épuisé tous les moyens d'apaiser le tumulte,
se voyant sur le point d'être mis en pièces, fit conduire au milieu
de la place publique ses enfants encore en bas âge, et les montrant
au peuple: _Romains_, dit-il, _voilà vos concitoyens; si la colère du
ciel continue, ils partageront vos malheurs: mais si vous croyez sauver
votre vie en leur donnant la mort, je les mets entre vos mains_. A la
vue de ces enfants, la compassion étouffa la rage de la multitude: elle
attendit avec patience; et peu de jours après, pendant que Tertullus,
qui était païen, faisait un sacrifice à Ostie dans le temple de Castor
et de Pollux, le vent tourna au midi, la flotte entra dans le Tibre, et
la superstition méconnaissant la main qui gouverne les tempêtes, et qui
distribue aux hommes leur nourriture, regarda cet événement comme un
miracle de ces chimériques divinités.
[Note 198: Le 8 des kalendes de septembre ou le 25 août 359. Il
était âgé de quarante-deux ans et deux mois.--S.-M.]
[Note latérale: XLVII. Anatolius, préfet d'Illyrie.
Amm. l. 19, c. 11; et ibi Vales.
Himer. apud Phot. cod. 165.
Eunap. in Proœr. t. 1. p. 85-88, ed. Boiss.