Il fut bientôt délivré du plus dangereux. L'année suivante, sous le
consulat d'Eusèbe et d'Hypatius, frères de l'impératrice, Barbation fut
lui-même sacrifié à ces défiances qu'il avait tant de fois inspirées
contre les autres. Ce méchant homme joignait à beaucoup de malice une
égale faiblesse. Un essaim d'abeilles qui se forma dans sa maison lui
donna de grandes alarmes. C'était dans la superstition payenne un
pronostic des plus fâcheux. Il consulta les devins et partit avec ces
inquiétudes pour une expédition qui n'est pas autrement connue. Sa
femme, nommée Assyria, étourdie et ambitieuse, se met dans l'esprit que
son mari, pour s'affranchir de ses craintes, va détrôner Constance.
Elle voit déja Barbation empereur. Cette folle imagination en enfante
une autre: la voilà jalouse d'Eusébia; elle se persuade que Barbation,
ébloui des charmes de la princesse, ne manquera pas de l'épouser. Sans
perdre de temps, elle envoie secrètement à son mari une lettre trempée
de ses larmes, pour le conjurer de ne lui pas faire l'injustice de la
croire indigne du rang d'impératrice. Elle avait employé pour l'écrire
la main d'une femme esclave, qui lui était venue de la confiscation des
biens de Silvanus. Dès que Barbation fut de retour, cette confidente,
pour venger son ancien maître, va de nuit trouver Arbétion; elle lui
met entre les mains une copie de la lettre. Celui-ci, trop heureux
de trouver une si belle occasion de perdre un rival, la porte à
l'empereur; et sur-le-champ Barbation est arrêté. Il avoue qu'il a reçu
la lettre; sa femme est convaincue de l'avoir écrite, et tous deux ont
la tête tranchée. Constance, une fois alarmé, ne se rassura pas si
tôt. On arrête, on met à la question beaucoup d'innocents. Le tribun
Valentinus[197], qui ne savait rien de cette prétendue intrigue, essuya
de cruelles tortures: il eut assez de force pour y survivre; et par
forme de dédommagement l'empereur lui donna le commandement des troupes
dans l'Illyrie.
[Note 197: _Ex primicerio protectorum tribunus._--S.-M.]
[Note latérale: XLVI. Séditions à Rome.
Amm. l. 17, c. 11, et l. 19, c. 10.