Le retour des prisonniers fut le fruit de ces glorieuses expéditions.
C'était un spectacle touchant de voir revenir par bandes ces
malheureux, saluant leur patrie par des cris d'allégresse, caressés de
leurs maîtres qui leur avaient fait sentir au-delà du Rhin le plus dur
esclavage, se prosternant aux pieds de leur libérateur, embrassant avec
larmes leurs pères, leurs femmes, leurs enfants qui pleuraient aussi
de joie. Il en revint près de vingt mille. On demandait compte aux
Barbares de ceux qu'ils ne ramenaient pas; et ils étaient obligés de se
justifier en prouvant que ceux-là étaient morts, par le témoignage de
ceux qu'ils ramenaient. La Gaule reprit une face nouvelle: les villes
se relevaient; c'était pour Julien autant de trophées; et ce qu'il
y avait de plus glorieux et de plus nouveau, c'est que les Barbares
qui les avaient ruinées travaillaient à les rebâtir. Les campagnes
auparavant désertes et incultes se repeuplaient et se ranimaient; on
voyait refleurir les arts; les revenus publics augmentaient; ce n'était
que mariages, fêtes, assemblées; et l'hiver suivant fut une saison de
joie et de plaisir.
[Note latérale: XLIV. Malice des courtisans.