Alsat. illustr. p. 408.]

Il fallait passer le Necker [_Nicer_] pour mettre à la raison un autre

roi nommé Hortaire[196]. C'était aussi-bien que Suomaire un des rois

qui s'étaient trouvés à la bataille de Strasbourg. Comme on manquait

de guides, Nestica, tribun de la garde, et Charietton furent chargés

d'enlever quelque habitant du pays. Ils amenèrent un jeune Alleman,

qui promit de conduire l'armée, pourvu qu'on lui accordât la vie. On

rencontra bientôt de grands abatis d'arbres qui obligèrent de prendre

de longs détours. Enfin on arriva sur les terres d'Hortaire, où le

soldat fatigué se vengea par le ravage. Ce roi, voyant une armée

nombreuse et son pays désolé où il ne restait plus que des ruines et

des cendres, vint aussi implorer la miséricorde du César, et promit

avec serment d'obéir aux ordres qu'il recevrait, et de rendre tous les

prisonniers. Ils étaient en grand nombre dans ce canton; mais, malgré

sa promesse, il n'en rassembla que fort peu; et les ayant amenés

devant Julien, il s'approcha pour recevoir le présent qu'on avait

coutume de faire aux princes avec lesquels on traitait. Julien, indigné

de sa mauvaise foi, fit arrêter quatre des principaux seigneurs qui

l'accompagnaient, et prit des mesures pour ne perdre aucun des Gaulois

qui étaient en captivité. Il fit interroger tous ceux qui s'étaient

sauvés des villes et des campagnes, pillées les années précédentes,

pour savoir d'eux les noms de leurs compatriotes que les Barbares

avaient enlevés. Après que sur leur déposition on en eut dressé un rôle

exact, Julien monta sur son tribunal et fit défiler devant lui tous

les prisonniers en leur demandant à chacun leur nom. Les secrétaires

du prince, placés derrière son siége, tenaient registre de tous ceux

qui passaient. Cette revue étant finie, comme le rôle en contenait un

beaucoup plus grand nombre, Julien, s'adressant aux Barbares, leur

demanda qu'étaient devenus ceux qui manquaient, en les désignant par

leurs noms; et il leur signifia qu'ils n'avaient point de paix à

espérer, tant qu'il en manquerait un seul. Les Barbares n'apercevant

pas les secrétaires qui suggéraient à Julien les noms de tous ces

prisonniers absents, étaient frappés d'étonnement; ils s'imaginaient

qu'il était inspiré du ciel, et qu'on ne pouvait lui rien cacher; et

ils jurèrent avec des imprécations horribles qu'ils lui mettraient

fidèlement entre les mains tous ceux qui vivaient encore. Hortaire,

tremblant et humilié, s'obligea de fournir à ses dépens les matériaux

et les voitures de transport pour rebâtir les villes que les Allemans

avaient ruinées. On n'exigea point de lui qu'il fît apporter des

vivres, parce que son pays était entièrement dévasté. On le renvoya,

après qu'il eut répondu sur sa tête de son exactitude à remplir les

conditions. C'est ainsi que ces rois féroces, nourris de sang et de

pillage, furent enfin forcés de courber leur tête superbe sous le joug

de la puissance romaine.

[Note 196: Zosime (l. 3, c. 4) appelle ce prince Vadomaire. C'est

une erreur.--S.-M.]

[Note latérale: XLIII. Retour des captifs.

[Amm. l. 17, c. 10.]

Jul. ad Ath. p. 280.

Liban. or. 10, t. 2. p. 280.

Zos. l. 3, c. 4 et 5.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 197 / 331 题