Il fallait passer le Necker [_Nicer_] pour mettre à la raison un autre
roi nommé Hortaire[196]. C'était aussi-bien que Suomaire un des rois
qui s'étaient trouvés à la bataille de Strasbourg. Comme on manquait
de guides, Nestica, tribun de la garde, et Charietton furent chargés
d'enlever quelque habitant du pays. Ils amenèrent un jeune Alleman,
qui promit de conduire l'armée, pourvu qu'on lui accordât la vie. On
rencontra bientôt de grands abatis d'arbres qui obligèrent de prendre
de longs détours. Enfin on arriva sur les terres d'Hortaire, où le
soldat fatigué se vengea par le ravage. Ce roi, voyant une armée
nombreuse et son pays désolé où il ne restait plus que des ruines et
des cendres, vint aussi implorer la miséricorde du César, et promit
avec serment d'obéir aux ordres qu'il recevrait, et de rendre tous les
prisonniers. Ils étaient en grand nombre dans ce canton; mais, malgré
sa promesse, il n'en rassembla que fort peu; et les ayant amenés
devant Julien, il s'approcha pour recevoir le présent qu'on avait
coutume de faire aux princes avec lesquels on traitait. Julien, indigné
de sa mauvaise foi, fit arrêter quatre des principaux seigneurs qui
l'accompagnaient, et prit des mesures pour ne perdre aucun des Gaulois
qui étaient en captivité. Il fit interroger tous ceux qui s'étaient
sauvés des villes et des campagnes, pillées les années précédentes,
pour savoir d'eux les noms de leurs compatriotes que les Barbares
avaient enlevés. Après que sur leur déposition on en eut dressé un rôle
exact, Julien monta sur son tribunal et fit défiler devant lui tous
les prisonniers en leur demandant à chacun leur nom. Les secrétaires
du prince, placés derrière son siége, tenaient registre de tous ceux
qui passaient. Cette revue étant finie, comme le rôle en contenait un
beaucoup plus grand nombre, Julien, s'adressant aux Barbares, leur
demanda qu'étaient devenus ceux qui manquaient, en les désignant par
leurs noms; et il leur signifia qu'ils n'avaient point de paix à
espérer, tant qu'il en manquerait un seul. Les Barbares n'apercevant
pas les secrétaires qui suggéraient à Julien les noms de tous ces
prisonniers absents, étaient frappés d'étonnement; ils s'imaginaient
qu'il était inspiré du ciel, et qu'on ne pouvait lui rien cacher; et
ils jurèrent avec des imprécations horribles qu'ils lui mettraient
fidèlement entre les mains tous ceux qui vivaient encore. Hortaire,
tremblant et humilié, s'obligea de fournir à ses dépens les matériaux
et les voitures de transport pour rebâtir les villes que les Allemans
avaient ruinées. On n'exigea point de lui qu'il fît apporter des
vivres, parce que son pays était entièrement dévasté. On le renvoya,
après qu'il eut répondu sur sa tête de son exactitude à remplir les
conditions. C'est ainsi que ces rois féroces, nourris de sang et de
pillage, furent enfin forcés de courber leur tête superbe sous le joug
de la puissance romaine.
[Note 196: Zosime (l. 3, c. 4) appelle ce prince Vadomaire. C'est
une erreur.--S.-M.]
[Note latérale: XLIII. Retour des captifs.
[Amm. l. 17, c. 10.]
Jul. ad Ath. p. 280.
Liban. or. 10, t. 2. p. 280.
Zos. l. 3, c. 4 et 5.