Julien plus touché du triste état de ses troupes, qu'offensé de
leurs murmures, ne songea qu'à les soulager, au lieu de les punir.
L'obéissance et le respect revinrent avec l'abondance. On jeta un pont
sur le Rhin, on entra sur les terres des Allemans. Sévère perdit toute
sa gloire dans cette expédition. Ce vieux général qui jusqu'alors avait
inspiré le courage par ses paroles et par son exemple devint tout à
coup lâche et timide: il était toujours d'avis de ne point combattre;
il n'avançait qu'à regret; il corrompit même secrètement les guides, et
les obligea par les plus terribles menaces à dire unanimement qu'ils
ne connaissaient pas les chemins. Ces obstacles ralentissaient la
marche de l'armée; mais la terreur avait saisi les ennemis. Suomaire,
un de leurs rois, prince auparavant féroce et ardent au pillage, se
crut fort heureux de conserver son pays, situé entre le Rhin et le
Mein. Il vint au-devant de Julien avec l'extérieur d'un suppliant,
et, se jetant à ses genoux, il protestait qu'il était prêt à accepter
toutes les conditions qu'on voudrait lui imposer. Julien exigea de lui
qu'il rendît les prisonniers, et qu'il fournît des vivres. Il voulut
même qu'il s'assujettît à prendre des quittances, et que, faute de
les représenter quand il en serait requis, il s'obligeât à faire une
seconde fois les mêmes fournitures. Suomaire ne refusa rien, et fut
fidèle à l'exécution.
[Note latérale: XLII. Hortaire réduit à demander la paix.
Amm. l. 17, c. 10.
Zos. l. 3, c. 4.