Vales. rer. franc. l. 1.]

Ces Barbares, découragés par tant de pertes, envoient assurer Julien de

leur soumission. Il répond qu'il veut traiter avec leur roi. Ce prince,

qui se nommait Nébiogaste, s'étant présenté devant lui, Julien lui

demanda des otages pour la sûreté de sa parole; et comme il répondait

que les prisonniers que Julien avait entre ses mains, pouvaient bien

servir d'otages: _Pour ceux-là_, repartit le César, _je ne les tiens

pas de vous; c'est la guerre qui me les donne_. Les premiers des

Chamaves le suppliant de nommer lui-même ceux qu'il désirait, _Je

veux_, dit-il, _le fils de votre roi_. A cette parole tous ces Barbares

poussèrent des gémissements et des cris lamentables; et le roi, leur

ayant imposé silence, s'écria d'une voix entrecoupée de sanglots:

«Plût aux dieux, César, qu'il vécut encore ce fils que tu demandes en

otage; je le tiendrais plus heureux de vivre captif sous tes lois que

de régner avec moi. Mais, hélas! victime de son courage, il est tombé

sous vos coups, sans doute parce que vous ne l'avez pas connu. C'est

en ce moment que je sens toute l'étendue de mes maux. Je ne pleurais

qu'un fils unique, et je vois que j'ai perdu avec lui l'espérance de

la paix. Si tu en crois mes larmes, je recevrai l'unique consolation

dont la mort de mon fils ne m'ait pas ôté le sentiment; je verrai

mes sujets hors de péril. Mais si je ne puis te persuader, aussi

malheureux roi que malheureux père, la perte de mon fils deviendra

celle de ma nation; et j'aurai la douleur de ne porter une couronne,

que pour ne pouvoir être seul misérable.» Le César attendri ne put

retenir ses larmes. Les Chamaves se désespéraient, lorsque Julien fit

tout à coup paraître le jeune prince, comme une de ces divinités qui

viennent sur le théâtre pour démêler une intrigue dont le dénouement

semblait impossible. Il avait été fait prisonnier, et les Romains le

traitaient en fils de roi. Julien lui permit d'entretenir son père, et

ne perdit rien d'une entrevue si touchante. A ce spectacle la surprise

arrêta les gémissements. Les Barbares muets et immobiles croyaient

voir un fantôme. Au milieu de ce profond silence, Julien élève sa

voix: «Croyez-en vos yeux, leur dit-il, c'est votre prince; la guerre

vous l'avait fait perdre; Dieu et les Romains vous l'ont rendu. Je

le retiendrai non comme un otage que me donne votre soumission, mais

comme un présent que m'a fait la victoire. Il trouvera auprès de moi

tous les honneurs qui conviennent à sa naissance. Pour vous, si vous

êtes infidèles au traité, vous en porterez la peine, non pas dans la

personne de votre jeune prince; je ressemblerais à ces bêtes féroces,

qui, blessées par les chasseurs, déchirent les voyageurs qu'elles

rencontrent: il vivra comme une preuve de notre valeur et de notre

humanité. Mais vous serez punis, d'abord par votre propre injustice;

l'injustice ne manque jamais de perdre les hommes, quoiqu'elle les

flatte quelquefois en leur procurant un succès passager; ensuite par

moi et par les Romains, dont vous ne pourrez ni surmonter les armes, ni

désarmer la colère.» Quand il eut cessé de parler, tous ces Barbares,

l'adorant comme un dieu, se prosternèrent devant lui et le comblèrent

de louanges. Il ne demanda pour ôtage que la mère de Nébiogaste; on la

lui mit entre les mains et le traité fut conclu. Il fit entrer dans

ses troupes un corps de Saliens et de Chamaves, qui subsistait encore

du temps de Théodose le jeune. La navigation du Rhin demeura libre, et

Charietton fut récompensé par des emplois honorables. Il était huit ans

après, quand il mourut, comte des deux Germanies.

[Note latérale: XL. Famine dans l'armée de Julien.

Amm. l. 17. c. 9.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 194 / 331 题