Les Romains, pour ouvrir la campagne, attendaient les convois de
vivres qui leur venaient d'Aquitaine, et qui ne pouvaient arriver
avant le mois de juillet. Julien, voulant surprendre l'ennemi, se
détermine à partir avant la saison. Il fait prendre à ses soldats du
biscuit pour vingt jours, et marche vers la Toxandrie. Il était déja à
Tongres [_Tungros_] lorsqu'il rencontra les députés des Saliens, qui
l'allaient trouver à Paris où ils le croyaient encore. Ils étaient
chargés de lui offrir la paix, à condition qu'il leur laisserait la
possession tranquille du pays où ils s'étaient établis. Le prince entre
en conférence avec eux; et sur des difficultés qu'il sut bien faire
naître, il les renvoie avec des présents pour retourner prendre de
plus amples instructions, leur laissant croire qu'ils le retrouveraient
à Tongres. Mais à peine sont-ils en chemin, qu'il se met en marche sur
leurs pas; et ayant détaché Sévère pour côtoyer les bords de la Meuse,
il paraît subitement au milieu du pays. Les Saliens, pris au dépourvu,
se rendent à discrétion, et sont traités avec clémence.
[Note latérale: XXXVIII. Hardiesse de Charietton.
Zos. l. 3, c. 7.