Nicomédie étant détruite, on résolut d'abord d'assembler les évêques
à Nicée. Mais Eudoxe avait repris faveur par le crédit de l'eunuque
Eusèbe. Les Anoméens bannis furent rappelés; ils achetèrent leur grace
aux dépens de leur maître Aëtius qu'ils excommunièrent, quoiqu'ils
demeurassent fidèles à sa doctrine. Eudoxe s'empare à son tour de
l'esprit de l'empereur: il le détermine à partager le concile dans deux
villes, l'une pour les évêques d'Orient, l'autre où s'assembleraient
ceux d'Occident. Le prétexte était d'épargner des fatigues aux évêques,
et des dépenses à l'empereur, qui les défrayait dans ce voyage. Mais
le véritable motif était la facilité que les Anoméens trouveraient
à diviser les esprits dans deux conciles séparés, et à les tromper
par de fausses relations portées d'un concile à l'autre. De plus
si toute l'église était réunie, ils ne se flattaient pas que leur
parti eût l'avantage du nombre; au lieu que, si elle était partagée,
ils espéraient que, s'ils ne pouvaient gagner les deux conciles, du
moins ils pourraient échapper à l'un des deux. La ville de Rimini
[_Ariminum_] fut acceptée pour l'Occident: pour l'Orient il n'était
plus question de Nicée; l'alarme qu'y avait répandue la destruction
de Nicomédie, et les secousses qui s'y étaient communiquées, mettaient
cette ville hors d'état de recevoir les évêques. On proposa Tarse,
Ancyre, et enfin Séleucie, capitale de l'Isaurie. On s'en tint à cette
dernière, et Constance donna ses ordres pour l'ouverture du double
concile au commencement de l'été de l'année suivante. Il ordonna
qu'après les séances on envoyât de part et d'autre à la cour dix
députés pour lui rendre compte des décrets: il voulait, disait-il,
juger s'ils étaient conformes aux saintes écritures, et décider sur ce
qu'il y aurait de mieux à faire. C'est ainsi que ce prince se rendait
l'arbitre des conciles, et que ces lâches prélats consentaient à le
reconnaître pour juge de la foi.
[Note latérale: XXXVI. Troisième campagne de Julien.
Jul. ad Ath. p. 279 et 280.
Liban. or. 10, t. 2, p. 280.
Zos. l. 3, c. 5 et 6.