Libérius, qui paraissait moins éloigné du sentiment des nouveaux
favoris, obtint par leur crédit la permission de retourner à Rome. Mais
parce que les Anoméens faisaient courir le bruit qu'il pensait comme
eux, il prit avant son départ de Sirmium la précaution de signifier à
tous les évêques qui s'y trouvaient l'anathème qu'il prononçait contre
le dogme impie des Anoméens. L'intention de l'empereur et des prélats
qui procuraient son retour, était qu'il gouvernât l'église de Rome
conjointement avec Félix. En conséquence ils mandèrent à Félix et à
son clergé de recevoir Libérius et de partager avec lui les fonctions
apostoliques. Ce projet contraire à la discipline canonique n'eut pas
d'exécution. Dès que Libérius fut rentré à Rome le 2 août, dans la
troisième année de son exil, le sénat et le peuple se réunirent pour
chasser l'anti-pape, qui, ayant osé revenir quelques jours après, fut
encore obligé de prendre la fuite. Il se retira dans une terre qu'il
avait près de Porto, où pendant plus de sept ans qu'il vécut encore, il
conserva le titre d'évêque, sans en faire aucune fonction.
[Note latérale: XXXIV. Nicomédie renversée.
Idat. chron.
Hier. chron.
Liban. monod. t. 2, p. 202-208.
Socr. l. 2, c. 39.
Soz. l. 4, c. 16.
Amm. l. 17, c. 7, et l. 22, c. 13.
Aurel. Vict. de Cæs. p. 133.
Eus. chron.
Chron. Alex. vel Pasch. p. 293.
[Theoph. p. 38.]]
Pour achever la défaite des Anoméens, Basile engagea l'empereur à
convoquer un concile général. Constance proposait la ville de Nicée,
mais ce nom seul faisait trembler les Ariens; ils obtinrent qu'on
s'assemblât à Nicomédie. Déja un grand nombre d'évêques étaient en
chemin pour s'y rendre, lorsqu'ils apprirent que Nicomédie venait
d'être détruite par un horrible tremblement de terre, qui s'étendit
dans l'Asie, dans le Pont et jusqu'en Macédoine, et qui ébranla
plusieurs montagnes et plus de cent cinquante villes. Nicomédie
était alors par sa grandeur la cinquième ville de l'empire; elle
tenait le même rang par sa beauté. Elle était bâtie en amphithéâtre
sur une colline, au fond du golfe d'Astacus, qui fait partie de la
Propontide. On la découvrait toute entière de plus de six lieues de
distance. Deux portiques d'une superbe architecture la traversaient
d'une extrémité à l'autre. La magnificence des édifices publics, la
multitude des maisons particulières qui s'élevaient comme par étage les
unes au-dessus des autres, les fontaines d'eaux vives, les thermes,
le théâtre, l'hippodrome, les temples, le port, le palais impérial
bâti au bord du golfe, les jardins dont les environs étaient embellis,
formaient un spectacle enchanteur. Une heure de temps fit de toutes ces
merveilles un amas de ruines. Le 24 août, à la seconde heure du jour,
lorsque le temps était le plus serein, tout à coup des nuages sombres
et épais couvrent la ville: en même-temps les éclats de la foudre se
joignent aux tourbillons des vents et au mugissement de la mer qui
se gonfle et qui menace d'inonder ses rivages. La terre se soulève
par secousses; les maisons croulent les unes sur les autres: le bruit
des vents et du tonnerre, le fracas des ruines, les hurlements des
habitants se confondent ensemble au milieu d'une nuit affreuse. Le
jour qui reparaît avec le calme avant la troisième heure, présente de
nouvelles horreurs: Nicomédie n'était plus; on n'y voyait qu'un monceau
de pierres et de cadavres. Quelques habitants vivaient encore, mais
plus malheureux que ceux qui avaient perdu la vie, les uns demeuraient
suspendus à des pièces de charpente; les autres du milieu des débris
dont ils étaient écrasés élevaient la tête, et appelaient en expirant
leurs femmes et leurs enfants. Quelques-uns sans être blessés restaient
ensevelis sous les démolitions, qui ne les avaient épargnés que pour
les laisser périr par la faim; et du fond de ces ruines sortaient
des voix lamentables qui imploraient en vain du secours. Entre ces
derniers périt Aristénète, né à Nicée, connu par son éloquence et par
la douceur de ses mœurs: il avait recherché avec ardeur et venait
d'obtenir le vicariat de Bithynie, où il ne trouva qu'une mort longue
et cruelle. L'évêque Cécrops fameux Arien, et un autre évêque du
Bosphore y périrent aussi. Il n'échappa qu'un petit nombre d'habitants
presque tous estropiés, qui se sauvèrent dans la campagne. Ils ne
trouvèrent ensuite d'asyle que dans la citadelle qui resta sur pied. Au
tremblement avait succédé l'incendie. Tous les feux qui se trouvaient
allumés dans les maisons, dans les bains, dans les forges des ouvriers,
se communiquèrent aux bois et aux matières combustibles. Les vents qui
soufflaient avec fureur étendirent l'embrasement; et pendant cinquante
jours cette ville infortunée fut tout ensemble un vaste sépulcre et
un immense bûcher. Elle avait éprouvé le même malheur sous Hadrien et
sous Marc-Aurèle; elle l'éprouva encore quatre ans après sous Julien;
et de nos jours en 1719 elle a été presqu'entièrement abîmée par un
tremblement qui dura trois jours, depuis le 25 jusqu'au 28 de mai.
Cependant les charmes de sa situation effacent bientôt le souvenir de
ses désastres, et y attirent toujours de nouveaux habitants.
[Note latérale: XXXV. Projets de conciles.
Socr. l. 2. c. 30.
Theod. l. 2, c. 26.
Hermant, vie de S. Ath. l. 8, c. 13.
Till. arian. art. 76 et 77.