L'ambassadeur était un homme modeste et civil; il tâcha d'adoucir
par ses procédés la dureté de ses propositions. Constance le traita
avec honneur; mais il répondit au roi de Perse avec fermeté. Il
désavouait Musonianus comme ayant entamé la négociation à son insu:
il ne refusait pas cependant de traiter de la paix, pourvu que les
conditions pussent s'accorder avec la majesté romaine; mais il
protestait qu'étant maître de tout l'empire, il se garderait bien
d'abandonner ce qu'il avait su conserver lorsqu'il ne possédait
que l'Orient. Il rabaissait la fierté de Sapor, en l'avertissant
que si les Romains se tenaient pour l'ordinaire sur la défensive,
c'était uniquement par esprit de modération; et il le renvoyait aux
témoignages de l'histoire, pour y apprendre que la fortune, avait à
la vérité trahi les Romains dans quelques combats, mais que jamais
aucune guerre ne s'était terminée à leur désavantage. Narsès partit
avec cette réponse, et fut bientôt suivi d'une ambassade, composée
du comte Prosper, de Spectatus, sécrétaire de l'empereur[181], et du
philosophe Eustathius, dont Musonianus vantait beaucoup l'éloquence.
Ils étaient chargés de présents, et ils avaient commission d'employer
toute leur adresse pour suspendre les hostilités, et pour donner à
Constance le temps de pourvoir à la sûreté des provinces de l'Occident.
Ils trouvèrent le monarque à Ctésiphon; et après un assez long séjour,
comme il s'obstinait à ne rien rabattre de la hauteur de ses premières
propositions, ils revinrent sans rien conclure. On envoya encore le
comte Lucillianus et le sécrétaire Procope avec les mêmes instructions.
Sapor ne voulut pas même les entendre: il les tint long-temps éloignés
de sa cour, et leur fit appréhender que sa colère n'allât jusqu'à leur
ôter la vie.
[Note 181: _Tribunus et notarius._--S.-M.]
[Note latérale: XXVI. Expédition contre les Sarmates et les Quades.
Amm. l. 17, c. 6 et 12.