Aur. Vict. de Cæs. p. 181.]

Cette négociation, quoique sans succès, produisit cependant un effet

avantageux: ce fut de différer la guerre des Perses, qui aurait fait

une diversion fâcheuse. Tout était en armes sur les bords du Danube.

Les Iuthonges ayant rompu le traité ravageaient la Rhétie; ils

attaquaient même les villes contre leur coutume. Barbation marcha à

leur rencontre avec de bonnes troupes; il réussit pour cette fois par

la valeur de ses soldats. Il n'échappa qu'un petit nombre de Barbares,

qui regagnèrent avec peine leurs forêts et leurs montagnes. Ce fut

dans cette expédition que Névitta, Goth de naissance[182], commença de

se faire connaître: il commandait un corps de cavalerie. Les Sarmates

et les Quades, que le voisinage et la conformité de mœurs unissaient

ensemble, s'étaient partagés en plusieurs bandes, et pillaient les deux

Pannonies et la haute Mésie. Ces peuples toujours en course avaient une

armure convenable à cette manière de faire la guerre. Ils portaient

de longues javelines et des cuirasses composées de petites pièces

de corne, polies et appliquées sur une toile en façon d'écailles.

Toutes leurs troupes ne consistaient qu'en cavalerie; ils montaient

des chevaux hongres, mais fort vîtes et bien dressés; ils en avaient

toujours un, et quelquefois deux en main, et dans une longue traite,

ils sautaient légèrement de l'un sur l'autre. Constance étant parti de

Sirmium, avec une belle armée à la fin de mars[183], passa le Danube

sur un pont de bateaux, quoiqu'il fût extrêmement grossi par la fonte

des neiges, et fit le dégât dans le pays des Sarmates. Les Barbares

surpris de cette diligence, et hors d'état de résister à des troupes

régulières, n'eurent d'autre parti à prendre que de se disperser par la

fuite. On en massacra beaucoup; le reste se sauva dans les défilés des

montagnes. L'armée romaine remontant vis-à-vis de la Valérie mit tout

à feu et à sang. Les Barbares désespérés sortent de leurs retraites;

et s'étant divisés en trois corps, ils s'avancent comme pour demander

la paix. Leur dessein était de tromper les Romains, de les envelopper,

et de les tailler en pièces. Quand ils se sont approchés à la portée

du javelot, ils s'élancent comme des lions. Les Romains, quoique

surpris, les reçoivent avec courage, en tuent un grand nombre, mettent

les autres en fuite; et ne respirant que vengeance, ils marchent sans

perdre de temps, mais en bon ordre, vers le pays des Quades. Ceux-ci,

pour prévenir les mêmes désastres dont ils venaient d'être témoins sur

les terres de leurs voisins, vont se jeter au pieds de Constance. Ce

prince qui pardonnait volontiers aux ennemis plutôt par paresse et par

timidité que par grandeur d'ame, convint avec eux d'un jour pour régler

les conditions de la paix.

[Note 182: Il fut consul en l'an 362 sous Julien.--S.-M.]

[Note 183: _Æquinoctio temporis verni confecto._ Amm. l. 17, c.

12.--S.-M.]

[Note latérale: XXVII. On leur accorde la paix.]

Zizaïs, chef des Sarmates[184], voulut profiter en faveur de sa nation

de cette disposition pacifique de l'empereur. Il vint à la tête de

ses gens rangés en ordre de bataille, se présenter devant le camp des

Romains. C'était un jeune homme de haute stature. Dès qu'il aperçoit

l'empereur, il jette ses armes, saute à bas de son cheval, et court se

prosterner aux pieds de Constance. Il voulait parler; mais les sanglots

étouffant sa voix excitèrent plus de compassion que n'auraient pu faire

ses paroles. Constance l'ayant rassuré, il reste à genoux et demande

pardon de ses attentats contre l'empire. En même temps les Sarmates

s'approchent dans un morne silence. Zizaïs se lève, et sur un signal

qu'il leur donne, ils jettent tous à terre leurs boucliers et leurs

javelots, et les mains jointes, en posture de suppliants, ils implorent

la miséricorde de l'empereur. Plusieurs seigneurs, dont quelques-uns

portaient le titre de rois vassaux[185], tels que Rumon, Zinafre,

Fragilède s'abaissaient aux plus humbles prières; ils promettaient de

réparer leurs ravages par tel dédommagement qu'on voudrait exiger; ils

offraient leurs personnes, leurs biens, leurs terres, leurs femmes même

et leurs enfants. Constance se contenta de demander la restitution de

tous les prisonniers, et de prendre des ôtages pour sûreté de leur foi.

Charmés de la générosité romaine, ils protestèrent d'y répondre par

l'obéissance la plus prompte et la plus fidèle.

[Note 184: _Zizaïs etiamtum regalis._ Amm. Marc. l. 17, c.

12.--S.-M.]

[Note 185: _Subregulos, plurimosque optimates._ Amm. Marc. l. 17,

c. 12.--S.-M.]

[Note latérale: XXVIII. D'autres Barbares viennent la demander.

Amm. l. 17, c. 12.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 184 / 331 题