Sapor était encore aux extrémités de la Perse, où il venait de terminer
la guerre, contre ses voisins[177], lorsqu'il reçut la lettre de son
général qui[178], pour flatter sa fierté, lui mandait que le prince
romain le priait avec instance de lui accorder la paix. Le monarque
persan, prenant cette prière pour une marque de faiblesse, enfle ses
prétentions et veut vendre la paix à des conditions exorbitantes. Il
écrit à Constance une lettre pleine de faste et d'orgueil: il s'y
donnait les titres de roi des rois[179], d'habitant des astres, de
frère du soleil et de la lune[180]. Après l'avoir félicité d'avoir pris
le parti de la négociation, il lui déclarait _qu'il était en droit de
redemander le patrimoine de ses ancêtres, qui s'était étendu jusqu'au
fleuve Strymon et aux frontières de la Macédoine; qu'étant supérieur
à ses prédécesseurs en vertu et en gloire, il pouvait légitimement
prétendre à tout ce qu'ils avaient possédé; que, par un effet de
sa modération naturelle, il se contenterait de l'Arménie et de la
Mésopotamie qu'on avait surprises sur son aïeul Narsès; que jamais
les Perses n'avaient adopté cette maxime sur laquelle les Romains
fondaient toutes leurs victoires, qu'il fût indifférent dans la guerre
de réussir par la supercherie ou par la valeur_. Il l'exhortait _à
sacrifier une petite portion de l'empire, toujours arrosée de sang,
pour posséder tranquillement le reste, et à suivre l'exemple de ces
animaux qui sentant ce qui attire après eux les chasseurs, s'en défont
volontairement et l'abandonnent pour se délivrer de la poursuite_: il
finissait par menacer Constance d'entrer au printemps sur les terres de
l'empire avec toutes ses forces, et de se faire à main armée la justice
qu'on lui aurait refusée. L'ambassadeur, nommé Narsès, porteur de ces
lettres et de quelques présents, passa par Antioche. Il était chargé
d'une autre lettre pour Musonianus; le roi recommandait à celui-ci
de disposer son maître à lui donner satisfaction. Narsès arriva à
Constantinople le 23 février, et continua sa route jusqu'à Sirmium, où
Constance était revenu sur la fin de l'année précédente.
[Note 177: Les Chionites, les Eusènes et les Gélanes. Voyez
ci-devant, l. IX, § 30, p. 177, note 1.--S.-M.]
[Note 178: Tamsapor. Voyez ci-devant, l. IX, § 30.--S.-M.]
[Note 179: Le titre de roi des rois qui choquait tant les Romains,
était particulier aux rois de la Perse, qui le prenaient parce qu'ils
avaient d'autres rois dans leur dépendance.--S.-M.]
[Note 180: _Rex Regum Sapor, particeps siderum, frater solis et
lunæ._ Amm. Marc. l. 17, c. 5.--S.-M.]
[Note latérale: XXV. Réponse de Constance à Sapor.
Amm. l. 17, c. 5 et 14; et l. 18, c. 6.
[Eunap. in. Ædes. t. 2, p. 27-31, ed. Boiss.]