Mos. Khor. Hist. Arm. l. 3, c. 27 et 35.]]

--[L'exemple donné dans le nord et au centre de l'Arménie, fut imité

dans le midi. Le prince des Ardzrouniens, nommé Méroujan, dont les

états s'étendaient sur les bords du lac de Van, embrassant une partie

de sa circonférence et se prolongeant au loin dans les montagnes des

Curdes, s'était aussi soulevé. Ce dynaste, puissant entre tous les

chefs arméniens, appartenait à l'une des plus anciennes familles du

pays. Cette race illustre passait pour être issue d'un des fils du

grand roi d'Assyrie Sennacherib, qui, sept siècles avant notre ère,

s'étaient réfugiés en Arménie, après le meurtre de leur père. Elle

subsistait donc depuis mille ans; sept siècles après elle était encore

en possession des mêmes pays, qu'ils abandonnèrent à l'empereur Basile

II, dont ils reçurent en échange le territoire de Sébaste et d'autres

domaines dans l'Asie-Mineure[171]. Des vues ambitieuses se mêlèrent à

la révolte de Méroujan, le mépris et la haine qu'Arsace avait mérité,

lui firent concevoir l'espérance de monter sur le trône d'Arménie;

dans ce dessein, pour se créer des partisans, il renonce à la religion

chrétienne, embrasse celle des Mages et jure de la faire recevoir

dans ses états particuliers et dans toute l'Αrménie. Il croyait ainsi

engager dans son parti ceux qui ouvertement ou secrètement étaient

encore attachés à l'ancien culte de l'Arménie; il pensait aussi que

Sapor le soutiendrait avec plus de zèle dans son entreprise. La

première tentative de Méroujan ne fut pas heureuse, il avait été vaincu

par Vasag et contraint de s'enfuir en Perse, mais favorisé par la

révolte générale des princes arméniens, il ne tarda pas à rentrer en

campagne. A la tête de toutes les troupes de l'Atropatène, il dirige

sa marche en suivant le cours du Tigre, qu'il remonte du sud au nord,

et pénètre dans l'Arménie par la frontière méridionale: partout le

meurtre, le pillage, l'incendie signalent son passage; l'Arzanène,

l'Ingilène, la Grande-Sophène, la Sophène royale, le canton de

Taranaghi[172], ne furent bientôt qu'un monceau de ruines. Méroujan

faisait raser tous les forts dont il se rendait maître, renversait les

temples et les édifices publics, il n'épargnait pas même la cendre des

morts, pour ravir les trésors enfermés dans leurs tombeaux; il s'avance

ainsi jusque dans l'Acilisène. L'antique forteresse d'Ani[173], lieu

révéré de toute l'Arménie, tomba en son pouvoir; les sépulcres des

anciens rois, qui s'y trouvaient en grand nombre, furent tous profanés;

et leurs ossements, arrachés avec violence, devaient être transférés

en Perse. On croyait emporter avec ces tristes trophées la fortune de

l'Arménie. Les princes arméniens parvinrent cependant à retirer ces

reliques des mains sacriléges de Méroujan, et ils les déposèrent avec

honneur dans un tombeau commun qu'ils firent disposer dans le bourg

d'Aghts au pied du mont Arakadz. Chargé des trésors ravis dans tous

les lieux qu'il avait parcourus, Méroujan vint se réunir aux dynastes

révoltés.

[Note 171: Voyez sur l'origine et l'histoire de cette famille

mes _Mémoires hist. et géogr. sur l'Arménie_, t. 1, p. 126 et

423-425.--S.-M.]

[Note 172: Au sujet de tous ces pays, voy. les _Mém. hist. et

géogr. sur l'Arménie_, t. 1, p. 92 et 156.--S.-M.]

[Note 173: Il ne faut pas confondre cet endroit avec une ville

du même nom, située au centre de l'Arménie, dont elle fut capitale

pendant le moyen âge. Celle dont il s'agit ici était sur les bords de

l'Euphrate. On l'appelle à présent Kamakh.--S.-M.]

[Note latérale: XX. [Arsace rétabli sur son trône.]

[Mos. Khor. Hist. Arm. l. 3, c. 29.]]

--[Cependant Arsace, réfugié en Ibérie, s'occupait d'y chercher des

moyens de remonter sur son trône; les levées qu'il y fit, et les forces

qui lui furent amenées par ceux de ses partisans qui vinrent se réunir

à lui, le mirent bientôt en état de tirer ou au moins de demander

vengeance des outrages que les princes lui avaient fait éprouver.

Ceux-ci réunis sous les ordres de Nerseh ne perdirent pas courage,

leur résistance fut opiniâtre, et la victoire incertaine semblait se

décider en leur faveur, quand un secours inopiné de troupes romaines

vint donner l'avantage à Arsace. Le roi d'Arménie chassé de ses états

n'avait pas mis tout son espoir dans la force des armes, il s'était

assuré d'autres ressources. C'est à Nersès qu'il avait eu recours dans

son malheur; et le patriarche désarmé par son repentir avait consenti

à interposer sa médiation auprès des princes, et ses bons offices

auprès de l'empereur. Persuadé qu'en servant son roi, même coupable,

il servait sa patrie, Nersès se rendit promptement à Constantinople.

L'existence politique de l'Arménie, comme nation indépendante, résidait

toute dans la personne de son roi. S'il était détrôné, l'Arménie

cessait d'exister, et n'était plus qu'une province de Perse. L'empire

alors, se trouvant privé d'une barrière utile, devenait vulnérable

sur une plus grande étendue de terrain; car l'Arménie indépendante

protégeait par sa neutralité, ou défendait par son alliance, une

frontière très-étendue. Nersès n'eut pas de peine à faire sentir

toutes ces raisons à Constance, et déja Arsace en avait recueilli le

fruit. Les princes et leurs alliés persans avaient été défaits sur

les bords de l'Araxes par Vasag. Désunis par ce revers, chacun d'eux

s'empressa d'écrire au roi pour faire sa paix particulière. Nersès

crut que le moment était venu d'employer sa médiation et d'arrêter de

plus grands maux, en empêchant Arsace d'appesantir sa vengeance sur

des princes dont le salut importait à l'Arménie. La paix fut rétablie

sous la garantie de Nersès: Arsace jura l'entier oubli du passé, promit

de rétablir chacun dans ses possessions et de gouverner selon la

justice. Méroujan et son beau-frère Vahan Mamigonien, frère de Vartan

et du connétable Vasag, refusèrent seuls de souscrire au traité; ils

préferèrent s'expatrier et chercher un asyle auprès du roi de Perse,

comptant, sans doute, qu'il se présenterait bientôt des occasions de

rentrer avec avantage en Arménie.

[Note latérale: XXI. [Alliance d'Arsace avec Constance.]

[Mos. Khor. Hist. Arm. l. 3, c. 29.]]

--[La part active que le roi de Perse avait prise dans ces révolutions,

en fournissant des troupes aux Arméniens soulevés, avait tout-à-fait

éloigné Arsace du dessein de renouer avec Sapor; il était plus

que jamais attaché au parti des Romains. C'était à leur puissante

intervention qu'il était redevable du succès qu'il avait obtenu dans

une lutte trop inégale pour lui. Aussi, à peine fut-il rétabli sur son

trône, qu'il s'occupa de rendre plus durable le pacte qu'il venait de

contracter avec Constance. L'aversion que Pharandsem n'avait cessé de

lui témoigner, quoique toute puissante et mère de l'héritier présomptif

de la couronne, le dégoût suite trop ordinaire d'une passion depuis

long-temps satisfaite, l'avaient décidé à éloigner cette princesse

et à contracter un autre mariage. Nersès, qu'il avait envoyé à

Constantinople pour y confirmer le renouvellement de l'alliance, et

y conduire, comme ôtage, le fils qu'il avait eu de Pharandsem, était

aussi chargé de demander pour son maître la princesse Olympias, fille

de l'ancien préfet du prétoire Ablabius, qui, destinée naguère à

épouser Constant, était, depuis sa mort, gardée à la cour auprès de

Constance.

[Note latérale: XXII. [Massacre de la famille de Camsar.]

[Faust. Byz. Hist. Arm. l. 4, c. 19.

Mos. Khor. Hist. Arm. l. 3, c. 31 et 32.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 179 / 331 题