Mesrob, Hist de Ners. c. 9.]]

--[L'éloignement de Gnel, ne pouvait satisfaire son ennemi; possédé

d'amour et de jalousie, c'était la mort de ce malheureux prince qu'il

lui fallait. Comme le canton où Gnel s'était retiré n'était pas éloigné

du lieu infâme où Arsace avait placé sa résidence, Dirith et Vartan

purent souvent, au milieu de leurs orgies et de leurs parties de

plaisirs, rappeler à Arsace le souvenir de Gnel, et renouveler leurs

calomnies; enfin ils réussirent dans leur détestable projet. Sous le

prétexte d'une grande chasse, indiquée pour les fêtes qui remplissaient

toujours le commencement du mois de navasardi[165], époque du

renouvellement de l'année arménienne qui s'effectuait alors au milieu

de l'été, le roi résolut de se diriger vers Schahabivan[166], où se

trouvait l'infortuné Gnel; un message expédié à la hâte, l'avertit de

tout préparer pour recevoir le camp royal. Arsace espérait surprendre

Gnel par une visite inattendue, et pouvoir traiter de lèse-majesté,

un désordre dont lui seul aurait été cause. Il fut trompé, tout avait

été disposé par Gnel pour recevoir dignement son souverain; mais la

magnificence qu'il déploya en cette occasion servit plutôt à justifier

qu'à détruire les injustes soupçons d'Arsace. Malgré les serments que

le roi lui avait prodigués pour l'engager à venir sans crainte dans sa

tente, la perte de Gnel fut résolue. Arsace n'eut pas honte de violer

l'hospitalité qu'il recevait, et de faire lâchement assassiner son

hôte au milieu des fêtes qu'il avait préparées lui-même. Une flèche

décochée à dessein, devait frapper Gnel pendant la chasse royale. Il

n'en fut point ainsi, il fallait que la mort de ce prince fût plus

cruelle. On fêtait ce jour-là la mémoire de saint Jean-Baptiste; et

le patriarche Nersès, venu avec la cour ainsi que son clergé, avait

célébré pendant toute la nuit un office en l'honneur du saint, dans

une tente réservée pour lui dans le camp. Gnel, après avoir pris part

à ses prières, quitta le patriarche le matin pour aller rendre ses

devoirs au roi; au moment où il se disposait à franchir le seuil de

sa tente, les gardes l'arrêtent comme un traître, lui attachent les

mains derrière le dos et le conduisent dans un lieu écarté, où ils lui

tranchent la tête. Pharandsem accompagnait son mari: frappée de terreur

en le voyant saisir par les gardes du roi, elle avait pris la fuite

et s'était réfugiée auprès de Nersès, implorant sa protection pour

Gnel, dont elle attestait l'innocence. Le patriarche récitait alors les

prières du matin, il se dirigea sans tarder vers le pavillon royal.

Arsace, encore couché, se douta en le voyant qu'il venait intercéder en

faveur de Gnel; pour ne point se laisser fléchir, il feignit de dormir:

Nersès essaie de le réveiller, il le prie, il le presse d'épargner

un prince toujours fidèle, son parent, le sang de son propre frère.

Arsace, la tête enveloppée dans son manteau, reste insensible à ses

vives instances, gardant un silence obstiné. Il était difficile de

prévoir comment se terminerait une telle scène, quand l'exécuteur vint

annoncer au roi que ses ordres étaient accomplis. Nersès connut alors

la triste vérité: transporté d'une sainte indignation, il se lève, et,

prophétisant au roi les châtiments qu'il devait subir un jour, il le

charge de ses imprécations et se retire en lançant contre lui un juste

et terrible anathème. Arsace sentit, mais trop tard, et son erreur et

l'énormité de son crime; ses yeux furent dessillés par les reproches

du patriarche, et tandis que le peuple entier et les princes arméniens

déploraient hautement le sort de Gnel, victime de la calomnie, et lui

préparaient de magnifiques funérailles[167], Arsace mêlait ses larmes à

leurs pleurs, invoquant la miséricorde divine. Pharandsem s'abandonnait

de son côté à sa douleur; son voile déchiré, ses vêtements en désordre,

son désespoir, ajoutaient encore à sa beauté. Arsace la vit en cet

état, son cœur s'enflamma pour elle: il comprit alors toutes les

intrigues qui avaient perdu Gnel et songea à le venger; mais ce prince,

aussi faible que coupable, ne sut pas signaler son repentir autrement

qu'en se souillant par de nouveaux crimes.

[Note 165: L'ancienne année arménienne était vague et composée de

365 jours de sorte qu'après 1460 ans elle se retrouvait à son point

de départ, après avoir parcouru toutes les saisons. Elle se divisait

en douze mois de trente jours chacun, auxquels on ajoutait cinq

jours complémentaires. Le premier de ces mois se nommait Navasardi,

il commençait à cette époque au milieu de l'été vers le temps du

solstice.--S.-M.]

[Note 166: Ce lieu est dans le canton d'Arhpérani.--S.-M.]

[Note 167: Gnel fut enterré, selon Moïse de Khoren (l. 3, c. 23)

dans la ville royale de Zarischad (Faustus de Byzance, l. 4, c. 55, qui

était située dans le canton d'Aghiovid. Voyez _Mémoires historiques et

géographiques sur l'Arménie_, t. 1, p. 106.--S-M.]

[Note latérale: XIV. [Arsace épouse Pharandsem, sa veuve.]

[Faust. Byz. Hist. Arm. l. 4, c. 15.

Mos. Khor. Hist. Arm. l. 3, c. 24 et 25.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 173 / 331 题