Mesrob, Hist. de Nersès, c. 2.]]

--[Cependant Dirith, impatient de recueillir le fruit de son forfait,

ne tarda pas lui-même à justifier les soupçons du roi, en faisant

publiquement éclater l'amour qu'il ressentait pour Pharandsem. Il ne

rougit même pas de témoigner à cette princesse que l'excès de son amour

avait seul causé le malheur de Gnel, croyant sans doute, par un aussi

étrange aveu, mieux exprimer toute la force de la passion quelle lui

avait inspiré. Dirith voulait peut-être aussi toucher la vanité de

cette femme; mais en renouvelant ses chagrins, il ne fit qu'exciter sa

juste indignation. La publicité que Dirith donnait à ses sentiments

pour Pharandsem, inspira de l'espoir à Arsace; il crut qu'en punissant

l'assassin de Gnel, il pourrait s'acquérir des droits sur le cœur

de son infortunée veuve. La résistance de Pharandsem ne rebuta pas

Dirith: dans son aveuglement, il eut l'impudence de s'adresser au roi,

pour qu'il contraignît cette princesse de condescendre à ses désirs,

en le prenant pour époux. Arsace lui répondit qu'il connaissait ses

odieuses machinations, et que le sang de Gnel demandait vengeance.

Dirith comprit que sa perte était prochaine, et qu'il devait songer à

se garantir du courroux du roi. Il s'enfuit, mais on le poursuivit avec

l'ordre de le tuer partout où on le rencontrerait; on l'atteignit au

milieu des marais de la province de Pasen[168], et il y fut tué. C'est

ainsi que le meurtre de Gnel fut vengé par un autre crime.

[Note 168: Voyez ci-devant, livre VI, § 14, t. 1, p. 411, note

2.--S.-M.]

--[Arsace, débarrassé du perfide Dirith, ne tarda pas à ajouter

une nouvelle iniquité à toutes celles qu'il avait déja commises, en

épousant la veuve de son neveu. Pharandsem n'avait pour lui aucun

amour. La personne du roi ne lui inspirait qu'une aversion accrue

encore par les circonstances qui avaient amené leur union, et qui

n'étaient guère propres à lui donner pour Arsace un vif attachement.

Cependant, grace à la passion que ce prince ressentait pour elle,

Pharandsem acquit un grand pouvoir dans l'état; elle en profita pour

faire périr Vaghinag, issu comme elle de la race des Siouniens[169],

et pour faire accorder à son père Antiochus le commandement confié à

ce général. Antiochus devint, par l'élévation de sa fille, le favori

d'Arsace et son principal ministre; cependant malgré la naissance

d'un fils nommé Para[170], dont elle devint mère quelque temps après,

l'éclat de la couronne ne put consoler Pharandsem, elle conserva

toujours pour Arsace un dégoût invincible, et elle ne cessait de lui en

donner des preuves.

[Note 169: Voyez ci-devant, liv. VI, § 14, t. 1, p. 410.--S.-M.]

[Note 170: Ce prince nommé _Para_ par Ammien Marcellin est appelle

_Bab_ ou _Pap_ par les Arméniens. Il pourrait se faire que le premier

nom provint d'une mauvaise lecture des manuscrits de l'historien

latin. C'est une sorte d'erreur fort commune. Pour me conformer à

l'usage, je continuerai de l'appeler _Para_. Les écrivains modernes

comme Tillemont (_Hist. des emper._, t. V, Valens, art. 12, note 12),

et Lebeau, ont cru que la reine Olympias, femme d'Arsace, avait été

la mère de Para, et ils ont appliqué à cette princesse ce qu'Ammien

Marcellin dit en plusieurs endroits de la mère de Para, qu'il ne nomme

pas dans son texte. C'est une erreur qui sera corrigée dans le texte

de Lebeau, toutes les fois qu'elle s'y présentera. Pour l'éviter,

il aurait fallu qu'ils pussent consulter les auteurs arméniens. Ils

ignoraient qu'Arsace avait eu une autre femme. Faustus de Byzance,

écrivain contemporain, Moïse de Khoren et tous les auteurs arméniens,

s'accordent à dire que le fils d'Arsace était né de Pharandsem. C'est

donc à cette princesse, et non à Olympias, qu'il faut rapporter ce

qu'Ammien Marcellin raconte de la mère de Para.--S.-M.]

[Note latérale: XV. Arsace marche au secours du roi de Perse.

[Faust. Byz. Hist. Arm. l. 4, c. 20.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 174 / 331 题