Jul. misop. p. 340 et 341 et epist. ad Orib. p. 384, ed. Spanh.]

Julien vint passer l'hiver à Paris. Il aimait cette ville, dont il a

fait lui-même une description fort agréable. Renfermée dans l'île qu'on

nomme encore la Cité, elle était environnée de murailles. On y entrait

de deux côtés par deux ponts de bois. Julien loue la pureté et la

bonté de ses eaux, la température de son climat, et la culture de son

territoire. L'hiver y fut cette année plus rude que de coutume. Comme

il le passait sans feu, selon son usage, le froid devenant excessif, il

permit seulement de porter le soir dans sa chambre quelques charbons

allumés. Ce soulagement pensa lui coûter la vie. Il fut tellement saisi

de la vapeur, qu'il en aurait été étouffé, si on ne l'eût promptement

emporté dehors. Il en fut quitte pour rendre le peu de nourriture qu'il

venait de prendre; et comme sa sobriété ne se démentit jamais, ce fut

la seule fois de sa vie qu'il fut obligé de soulager son estomac. Il

travailla le lendemain à son ordinaire. Il s'occupait alors du soin

de diminuer les taxes. Florentius, préfet du prétoire, prétendait

que, le produit de la capitation ne pouvant suffire aux dépenses de

la guerre, il y fallait suppléer par une subvention extraordinaire.

Julien qui savait que tous ces expédients de finance causaient aux

provinces des maux souvent incurables, et plus mortels que la guerre

même, protestait qu'il perdrait la vie plutôt que de permettre cette

surcharge. Comme le préfet faisait grand bruit de ce que le César se

défiait d'un homme de son rang, sur qui l'empereur se reposait de toute

l'administration civile, Julien, sans sortir du ton de la raison et

de la douceur, lui démontra par un calcul exact que le montant de la

capitation était plus que suffisant pour fournir à tous les frais.

Florentius, convaincu sans être persuadé, revint à la charge quelque

temps après, et lui fit présenter un ordre à signer pour une imposition

nouvelle. Julien, sans en vouloir souffrir la lecture, le jeta par

terre, en disant: _Assurément, le préfet changera d'avis; la chose

est trop criante._ Sur les plaintes du préfet, l'empereur écrivit à

Julien une lettre de reproches, et lui recommanda de s'en rapporter à

Florentius. Mais le César répondit qu'on devait se tenir fort heureux,

que l'habitant de la province, pillé par les Barbares et par les gens

d'affaires, acquittât les taxes ordinaires, sans l'écraser par des

augmentations que les traitements les plus durs ne pouvaient arracher

à l'indigence: ainsi la fermeté de Julien affranchit la Gaule de toute

injuste vexation. Pour combattre ce préjugé inhumain, que les peuples

ne paient jamais mieux que quand ils sont plus accablés, il voulut bien

se charger lui-même du soin de recouvrer les tailles de la seconde

Belgique, province alors dévastée et réduite à une extrême misère; mais

à condition qu'aucun sergent du préfet ni du président[130] ne mettrait

le pied dans le pays. Cette humanité qui sauvait aux habitants les

frais des recouvrements, fit plus d'effet que toutes les contraintes.

Ils payèrent sans attendre de sommation, et même avant le terme; parce

qu'ils ne craignaient pas qu'on les fît repentir de leur promptitude à

satisfaire, en leur imposant pour la suite un plus lourd fardeau.

[Note 130: _Nec præfectianus, nec præsidialis apparitor._--S.-M.]

[Note latérale: LII. Salluste rappelé.

Jul. ad Ath. p. 282. et or. 8, p. 240.

Liban. or. 10, t. 2, p. 281.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 158 / 331 题