Cette glorieuse campagne se termina par un nouveau succès. Le général
Sévère revenant à Rheims [_Rhemos_] par Cologne [_Agrippina_] et par
Juliers [_Juliacum_], rencontra un parti de Francs de six cents,
d'autres disent de mille hommes, qui faisaient le dégât dans tout ce
pays qu'ils trouvaient dégarni de troupes. Les glaces et les neiges de
l'hiver, ou les fleurs du printemps, tout est égal pour la bravoure des
Francs, dit un auteur de ce temps-là[127]. A l'approche des Romains
ils se renfermèrent dans deux forts abandonnés, situés sur la Meuse
[_Mosa_], où ils résolurent de se bien défendre. Le César crut qu'il
était important pour l'honneur de ses armes, et pour la sûreté du pays,
de tirer raison de ces ravages. Il se joint à Sévère, et assiége ces
Barbares, qui soutinrent toutes les attaques avec une opiniâtreté
incroyable. Le siége dura cinquante-quatre jours, pendant les mois de
décembre et de janvier. La Meuse était couverte de glaçons; et comme
Julien craignait que, venant à se prendre tout-à-fait, elle n'offrît
un pont aux Barbares, qui pourraient s'évader à la faveur de la nuit,
il faisait courir sur le fleuve, depuis le soleil couchant jusqu'au
jour, des barques légères chargées de soldats pour rompre les glaces et
prévenir les sorties. Enfin les assiégés abattus par la disette, par
les veilles, et le désespoir, furent contraints de se rendre. On les
mit aux fers. Ce fut un spectacle nouveau, la nation des Francs s'étant
fait une loi de vaincre ou de périr[128]. On en tint compte à Julien
autant que d'une grande victoire. Il les envoya comme un rare présent
à l'empereur, qui les incorpora dans ses troupes. C'étaient des hommes
de haute stature, et qui paraissaient, dit Libanius, comme des tours au
milieu des bataillons Romains[129]. Une armée de Francs qui accourait
au secours, ayant appris que les forts étaient rendus, rebroussa chemin
sans rien entreprendre.
[Note 127: Οἷς ταυτὸν εἰς ἡδονὴν χιών τε καὶ ἂνθη. Liban, orat. 10,
tom. 2, p. 298, ed. Morel.--S.-M.]
[Note 128: Καὶ γὰρ ἐκείνοις νόμος, νικᾶν ἢ πίπτειν. Liban. orat.
10, t. 2, p. 278, ed. Morel.--S.-M.]
[Note 129: Ἐκείνους μὲν οὖν ὁ λαβών βασιλεὺς δῶρα τε ὠνόμαζεν
καὶ τοῖς αὐτοῦ λόχοις ἀνέμιξε, πύργους τινὰς σφίσιν ἐγκαταμιγνύναι
πιστεύων. Ibid.--S.-M.]
[Note latérale: LI. Julien soulage les peuples.
Amm. l. 17, c. 3.