Florentius, dont il dérangeait les opérations, s'en vengea sur Salluste
dont les conseils n'inspiraient à Julien que bonté et que justice. Son
argent et ses intrigues gagnèrent à la cour Paul et Gaudentius, qui
étaient les canaux ordinaires par où la calomnie passait aux oreilles
de l'empereur. Ceux-ci persuadèrent à Constance que Salluste était un
conseiller dangereux auprès d'un jeune prince capable de tout oser.
Cet homme de bien fut rappelé[131]. On prit pour prétexte le besoin
que l'on avait de lui en Thrace, et l'on promit de le renvoyer ensuite
dans la Gaule, où nous le revoyons en effet trois ans après. Le départ
de Salluste fut très-sensible à Julien. Il l'honorait comme son père;
il lui fit ses adieux par un discours qui renferme un grand éloge de
cet illustre ami, digne de servir de modèle aux confidents des princes.
Cette séparation enleva à Julien la plus grande douceur de sa vie, sans
altérer son humeur et sans ralentir son zèle, du moins en apparence.
Il était trop maître de ses mouvements, pour laisser éclater un
ressentiment prématuré; et trop habile pour se nuire à lui-même, en se
vengeant, aux dépens de l'empire, des injustices qu'il essuyait de la
part de l'empereur.
[Note 131: Julien nous apprend qu'il fut remplacé par un nommé
Lucien.--S.-M.]