Cellar. geog. ant. t. 1, p. 381.]

Julien fit enterrer tous les morts, sans distinction d'amis et

d'ennemis. Il renvoya les députés des Barbares qui étaient venus le

braver avant la bataille, et revint à Saverne [_Tres-Tabernas_]. Il fit

conduire à Metz [_Mediomatricos_] le butin et les prisonniers, pour y

être gardés jusqu'à son retour. N'ayant plus laissé d'Allemans en-deçà

du Rhin, il brûlait d'envie de les aller chercher dans leur propre

pays; mais ses soldats voulaient jouir de leur victoire, sans s'exposer

à de nouvelles fatigues. Julien leur représenta, _que ce n'était

pas assez pour de braves guerriers de repousser les attaques; qu'il

fallait se venger des insultes passées; que ce qui leur restait à faire

n'était qu'une partie de chasse plutôt qu'une guerre, que les Barbares

ressemblaient à ces bêtes timides qui, après avoir reçu le premier

coup, attendent le second sans se défendre_. On ne pouvait manquer à

un général, qui ne se distinguait de ses soldats qu'en prenant sur

lui-même la plus grande part des travaux et des dangers. Ils marchèrent

donc à sa suite; et étant arrivés à Mayence [_Mogontiacum_], ils y

jetèrent un pont et passèrent le Rhin. Les Allemans de ces cantons, qui

ne s'attendaient pas à se voir relancés jusque dans leurs retraites,

effrayés d'abord, vinrent demander la paix, et protestèrent de leur

fidélité à observer les traités. Mais presque aussitôt s'étant repentis

de cette soumission, ils envoyèrent menacer Julien de fondre sur lui

avec toutes leurs forces, s'il ne se retirait de dessus leurs terres.

Pour toute réponse, Julien fit embarquer sur le Rhin, au commencement

de la nuit huit cents soldats, avec ordre de remonter le Mein

[_Menus_], de faire des descentes, et de mettre tout à feu et à sang.

Au point du jour les Barbares se montrèrent sur des hauteurs; on y fit

monter l'armée, mais elle n'y trouva plus d'ennemis. On aperçut de là

des tourbillons de fumée, qui firent juger que le détachement pillait

et brûlait les campagnes. Les Allemans épouvantés de ces ravages

rappelèrent les troupes qu'ils avaient placées en embuscade dans des

lieux étroits et fourrés, et se dispersèrent pour aller défendre le

pays. Leur retraite abandonna aux soldats de Julien beaucoup de grains

et de troupeaux; on enleva les hommes, et on brûla les châteaux bâtis

et fortifiés à la manière des Romains.

[Note latérale: XLIX. Trève accordée aux Barbares.]

Après une marche de trois ou quatre lieues[125], on rencontra un bois

épais. Julien apprit d'un transfuge qu'on y serait attaqué par un

grand nombre d'ennemis cachés dans des souterrains, et qui attendaient

que l'armée s'engageât dans la forêt. Quelques soldats, ayant osé y

entrer, rapportèrent que toutes les routes étaient traversées de grands

arbres nouvellement abattus. Les Romains virent avec dépit qu'ils

ne pouvaient avancer qu'en prenant de longs détours par des chemins

difficiles. On avait passé l'équinoxe d'automne, et la neige couvrait

déja les montagnes et les plaines: on résolut donc de ne pas aller plus

loin. Mais pour brider ces Barbares, Julien fit rétablir à la hâte la

forteresse que Trajan avait autrefois bâtie et appelée de son nom[126],

et que les Allemans avaient ruinée. Il y laissa une garnison, avec des

provisions qu'il avait enlevées dans le pays même. Les Barbares, se

voyant comme enchaînés, vinrent humblement demander la paix. Julien ne

voulut leur accorder qu'une trêve de dix mois: c'était le temps dont

il avait besoin pour garnir sa forteresse de munitions et de machines

nécessaires à la défense. Trois rois barbares se rendirent au camp:

ils étaient du nombre de ceux dont les troupes avaient été battues

à Strasbourg. Ils s'engagèrent par serment à vivre en paix avec la

garnison jusqu'au jour arrêté, et à lui fournir des vivres.

[Note 125: _Emensa æstimatione decimi lapidis._--S.-M.]

[Note 126: Il existait sur les bords du Rhin une place nommée

_Colonia Trajana_, située à cinquante-trois milles au nord de Cologne.

Elle paraît être Kellen dans le pays de Clèves. Il est douteux que ce

soit celle dont il est question ici. Je crois qu'il s'agissait plutôt

d'une ville du même nom, bâtie par le même empereur, au-delà du Rhin,

vers le confluent de ce fleuve avec le Mein. Elle pourrait encore

répondre à une position indiquée par Ptolémée, l. 2, c. 9, sous le nom

de _Legio Trajana_ et placée par lui entre Bonn (_Bonna_) et Mayence

(_Mocontiacum_).--S.-M.]

[Note latérale: L. Avantages remportés sur les Francs.

Amm. l. 17, c. 2.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 156 / 331 题